Serge Michailof
Chercheur associé à l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques), auteur et professeur Sciences Po

Brève biographie

Serge Michailof s’est impliqué dans les problèmes de développement depuis sa première mission de longue durée en Afrique, il y a plus de 50 ans, en 1968. Il est actuellement chercheur associé à l’IRIS, l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques, et Senior Fellow à la FERDI, la Fondation pour les Etudes et la Recherche en Développement international. Jusqu’en 2019 il était administrateur du groupement de recherche et d’échanges technologiques (GRET) l’une des grandes ONG françaises et administrateur du conseil des investisseurs en Afrique (CIAN) qui regroupe l’ensemble des entreprises françaises investies en Afrique. De 2002 à 2012 il a été maître de conférences tout d’abord à l’Université de Paris 1 Sorbonne puis à Sciences Po Paris ; il est encore un consultant pour de nombreuses organisations internationales et institutions d’aide et un conférencier régulier. Il est un spécialiste bien connu des pays dit « fragiles » et des problèmes de reconstruction dans les pays affectés par des conflits.

De 2001 à 2004 il était le directeur exécutif chargé des opérations de l’Agence Française de Développement (AFD) et le vice président de sa filiale Proparco. Auparavant il a travaillé 8 ans à Washington à la Banque Mondiale comme directeur régional et conseiller principal et 15 ans (entre 1977 et 1993) comme directeur local représentant de l’AFD dans divers pays africains. En 1992/93 il était conseiller technique au cabinet de la ministre de la coopération Mme Avice. Avant de rejoindre l’AFD en 1975, il avait passé six ans à préparer et évaluer des projets de développement dans une société d’ingéniérie, la SATEC dont il a dirigé le bureau d’études, travaillant essentiellement en Amérique latine, au Vatican, en Asie du Sud, au Maghreb et Proche Orient. Pendant une carrière de cinquante ans consacrée au développement des pays du Sud, il a ainsi travaillé dans près de 70 pays sur tous les continents.

Serge Michailof a fait ses études en France (HEC, licence de sociologie et doctorat d’économie) et aux Etats-Unis (MIT). Il publie régulièrement de nombreux articles dans la presse quotidienne et les revues spécialisées que l’on peut retrouver sur son site internet : sergemichailof.fr.

Il a publié ou dirigé huit principaux ouvrages:

Son dernier livre : « Autopsie d’un désastre, Afghanistan 2001-2021 » Gallimard 2022 procède à une analyse sans complaisance des causes de l’échec occidental en Afghanistan

Serge Michailof est chevalier de la Légion d’Honneur, de l’ordre du Mérite français, et de l’ordre du Lion sénégalais.

Serge Michailof has enjoyed an impressive and extensive career as an international development expert. He has held several senior positions in international and French development agencies and think tanks. From France’s aid agency to the World Bank to France’s strategic think tanks, Serge Michailof has been a leading strategic analyst over the last several decades of the challenges of development and their linkages to security issues.

Serge Michailof is presently researcher at FERDI (Fondation pour la Recherche en Développement International), and IRIS (Institut des relations Internationales et Stratégiques), two of the leading think tanks in France. Until 2019 he was a board member of GRET, (Groupement de Recherches et d’Echanges Technologiques) one of the important French NGOs and of CIAN (Comité des Investisseurs en Afrique) the business association of French investors in Africa. He taught economic development and aid policies at the Sorbonne-University of Paris and subsequently at the Institut National des Sciences Politiques in Paris (2002-2011). He continues to work advising the World Bank and other international development organizations, as well as various governments, specializing on fragile states and post conflict reconstruction, with a specific focus on institution- and state-building.

Serge Michailof previously worked as the Executive Director for Operations for the French Development Agency (Agence Francaise de Developement, AFD) and as the Vice President for Proparco, AFD’s private-sector arm (2001-2004). Prior to his leadership role at AFD, he worked for 8 years at the World Bank as Country Director and as Senior Advisor to the Vice President responsible for Africa. He served in the 1980’s as regional representative for AFD in various African Countries (including Senegal, Cote d’Ivoire, Gabon and Niger) and as advisor to the French Minister of Cooperation. Before joining AFD, he spent six years preparing and appraising development projects in a French consulting firm, SATEC, where he led the technical department, working mostly in Latin America, South Asia, the Maghreb and the Middle East. He has worked in about 70 different countries over a 50-year career dedicated to development.

Serge Michailof has published or directed six books and many articles on development, aid policies and security issues in fragile countries (a listing is available at www.sergemichailof.fr). He holds various government dinstinctions, including the French Legion d’Honneur and the Ordre du Merite, as well as the Senegalese Ordre du Lion. He is often called upon to testify before France’s parliament and as a reference for Le Monde, Le Figaro, Les Echos and other media outlets.

Mr. Michailof holds various academic degrees from France’s leading academic institutions, notably an MBA from HEC (Ecole des Hautes Etudes Commerciales), a PhD in Economics and an MA in Anthropology from the Sorbonne. He also is a SPURS Fellow from the Massachusetts Institute of Technology in the United States.

His latest book «_ Autopsie d’un désastre, Afghanistan 2001-2021 – Quelles leçons pour le Sahel ? »_ makes a thorough analysis of the many mistakes made by the western coalition in Afghanistan and drawing from this analysis, makes a number of proposals to avoid repeating such mistakes in the Sahel.

En librairie

Au moment où nous avons les yeux fixés sur l’Ukraine et le Mali, peut être n’est-il pas inutile d’examiner attentivement les raisons de notre échec collectif, de l’échec de l’OTAN en Afghanistan et d’en tirer des leçons pour tenter d’éviter que les mêmes erreurs ne se reproduisent.
Je vous suggère pour cela de vous référer à mon dernier livre qui vient de sortir aux éditions Gallimard.

Publications

Publications 2022

Détruire le terrorisme au Mali était une mission impossible (03/02/2022 – La Croix)

Cet article constate la faillite de la politique française au Mali par suite de son fétichisme vis-à-vis de systèmes démocratiques bien critiquables et de son refus d’une tentative de dialogue approfondi avec la Junte qui pris le pouvoir au Mali en aout 2021. Il considère qu’après la reconnaissance du coup d’Etat permettant au fils du président Deby d’assumer le pouvoir au Tchad, son traitement de la junte malienne a été perçu par celle-ci comme discriminatoire et ne pouvait conduire qu’à sa bunkerisation et son appel aux Russes pour assurer tant sa sécurité que la poursuite de la guerre. Ce grave échec diplomatique qu’il était probablement possible d’éviter met en péril toute l’architecture militaire des opérations Barkhane et Tacouba et risque de sceller l’échec de la France dans la lutte contre le djihadisme au Sahel.

Afghanistan : autopsie d’un désastre, 2001-2021. Quelles leçons pour le Sahel ? (Collection Le Débat, Gallimard)

Le départ en catastrophe des troupes américaines d’Afghanistan, en août 2021, a frappé le monde de stupeur. Comment la première puissance militaire du monde a-t-elle pu être vaincue par une guérilla inspirée par un islam d’un autre âge ? La question a été particulièrement ressentie en France en raison de notre intervention au Sahel dont l’enlisement n’est pas sans faire craindre une issue comparable.

Cet ouvrage propose une analyse des causes du désastre occidental en Afghanistan. Il procède à un diagnostic méthodique et sans complaisance, en s’interrogeant tout d’abord sur le caractère considéré incontournable de cette guerre, par suite du refus du régime Taliban de livrer Oussama Ben Laden, l’auteur de la destruction des Twin Towers à New York le 11 septembre 2001. Contrairement à la guerre d’Irak reconnue comme une guerre inutile, une guerre de libre choix du président Bush, tous les observateurs, y compris le Président Obama dans ses mémoires, ont en effet considéré la guerre en Afghanistan comme une guerre « de nécessité ».

En réalité la reconstruction méticuleuse désormais possible des processus de décision américains et pakistanais de septembre à novembre 2001, permet de conclure que cette guerre était parfaitement inutile. Un peu plus de sang-froid et un peu moins de certitude de leur toute puissance par l’équipe Bush – Cheney – Rumsfeld aurait très probablement permis, par la négociation, de se débarrasser d’Oussama Ben Laden, d’Al Qaïda en Afghanistan et d’éviter une désastreuse guerre de 20 ans. Les Américains avaient alors beaucoup de cartes en main.

L’analyse ensuite de la conduite des opérations militaires met en évidence le constant double jeu pakistanais, allié des Etats Unis mais soutien permanent des forces Taliban. Elle souligne les changements de doctrine et de stratégie des dix-huit généraux américains qui se sont succédés à la tête de l’ISAF. Elle souligne le caractère militairement ingérable de la coalition occidentale à la fois trop rigide et inconstante, où près de cinquante nations interfèrent avec la conduite de la guerre. Pendant toute cette période il faut aussi remarquer la dérive des buts de guerre : faut-il se débarrasser d’Al Qaïda au moindre coût ? Importer la démocratie dans ce pays arriéré ? Libérer la femme afghane ? Bâtir une Nation ?

Ce fameux Nation Building, bien que considéré par beaucoup comme le principal objectif, avait peu de chance de se réaliser face à l’hostilité affichée des néo-conservateurs américains, en particulier du secrétaire à la défense Donald Rumsfeld. Le plus modeste state building fut tenté avec timidité par quelques donateurs. Mais il se heurta à l’opposition du Président Karzaï qui se refusait à renoncer au micro-management qui le caractérisait et à une gouvernance consistant à gérer les institutions publiques comme des butins qu’il fallait octroyer à des brigands pour acheter leur soutien.

L’analyse rigoureuse de l’action du système de l’aide internationale dans ce pays, conduit hélas à conclure à un grave échec, malgré le dévouement de nombreux experts et d’innombrables ONG. Selon l’expression imagée d’un ambassadeur occidental à Kaboul, les agences d’aide se sont en effet comportées comme « un troupeau de chats », sans stratégie et surtout sans coordination sérieuse. L’aide internationale finit assez rapidement par faire partie du problème afghan au lieu d’aider à le résoudre. Elle se désintègre après le départ de l’essentiel des forces américaines en 2013/2014.

Partant ensuite d’une exploitation de rapports des Nations Unies largement oubliés et en particulier ceux de l’UNODC, son agence chargée de la lutte contre le crime organisé et le trafic de drogue, de mes propres observations sur le terrain, de multiples entretiens avec des responsables afghans et de l’exploitation de la littérature nord-américaine sur ce sujet, je mets enfin en évidence l’ampleur exceptionnelle de la corruption dans ce pays.
La corruption de cette élite gouvernementale afghane qui préfèrera se suicider en tant que classe dirigeante plutôt que de renoncer à ses envois de valises de billets verts à Dubaï est un phénomène exceptionnel. La corruption des politiques mais aussi des « hommes forts », mafieux contrôlant le trafic d’opium et chefs de clans, atteint une dimension macro-économique. Elle finira par décourager diplomates, donateurs et militaires occidentaux Elle constituera le principal facteur conduisant à la désaffection massive de la population vis-à-vis du régime et à la décision américaine d’abandonner à son sort un pays à la dérive, devenu ingérable

De cette analyse se dégagent nombre d’enseignements sur « les choses à faire et à ne pas faire » dans le cadre de toute intervention militaire occidentale dans ces pays « faillis » dont le nombre est en train d’exploser. Il s’agit de très dures leçons dont la négligence se paye en vies humaines gaspillées, population découragées et retour au pouvoir de guerriers dont on pensait aisément se débarrasser. Ces enseignements sont regroupés en douze leçons particulièrement destinées aux responsables des politiques de sortie de crise français et africains intervenant au Sahel.

Publications 2021

« Au Mali, la France doit conditionner ses efforts militaires à une réforme de l’État » – Le Figaro 15/2/2021 (avec Nicolas Normand)

Cet article rappelle que les succès militaires de Barkhane ne peuvent déboucher sur une victoire stratégique tant que les zones « libérées » ne peuvent être occupées par une administration territoriale et une gendarmerie efficaces et tant que l’armée malienne ne peut envisager de prendre la relève de Barkhane. Dans ces conditions le premier objectif du gouvernement de transition devrait être de nettoyer les écuries d’Augias et en premier dans l’armée qui ne manque pas de soldats et d’officiers de valeur mais qui est actuellement gangrénée par la corruption et le népotisme. Les colonels de la junte savent parfaitement ce qu’il faut faire pour cela. Nous avons trop longtemps soutenu un gouvernement certes élu mais qui avait transformé son armée en entreprise de prédation. Dans l’immédiat pour éviter le chaos il nous faut soutenir ce gouvernement de transition qui est menacé par une grave crise financière. Mais si le système prédateur se perpétue après la transition politique, l’armée française aura le choix entre s’enkyster sans espoir pour des décennies au Mali ou se retirer rapidement.

Publications 2020

« L’imam Dicko peut offrir une porte de sortie à la France au Mali » - La Tribune : 17/7/2020

L’impasse dans laquelle se trouve l’armée Française au Mali ne permet pas à la France d’ignorer une personnalité même controversée comme l’Immam Dicko dont le poids politique est incontournable. Le rôle qu’il a joué dans la constitution du mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) atteste de son poids politique. C’est un politicien habile et il peut représenter une chance pour un jour négocier la paix avec les groupes armés et nous permettre de sortir du piège Malien.

« Au Mali, le coup d’Etat était prévisible » – La Tribune : 28/8/2020

Ce long interview accordé à la Tribune analyse la situation du Mali après le coup d’Etat du 18 aout 2020 qui a provoqué la chute du Président iBK. Le bilan des 7 ans de pouvoir de ce président est particulièrement désastreux et son régime apparaissait depuis le début 2020 dans une impasse militaire, budgétaire et politique. Sa gestion des manifestations de masse qui ont débuté le 5 juin a été très maladroite et dès le début juillet il apparaissait clairement que la crise politique dans laquelle se débattait le régime ne pouvait se dénouer que par une nouvelle prise de pouvoir des militaires. Il y a eu 4 coups d’Etat militaires au Mali depuis l’indépendance et celui de 2012 a plongé le pays dans un chaos et des troubles qui se sont étendus aux pays voisins. Il est trop tôt pour porter un jugement sur la manière dont les colonels désormais au pouvoir vont diriger le pays. La grave crise financière à laquelle était déjà confrontée le Mali s’est aggravée par suite de la suspension de nombreux versements budgétaires par l’aide internationale. Dans le scénario optimiste les colonels qui connaissent mieux que personne les maux qui affligent l’armée malienne, en particulier la corruption et le népotisme, décident de nettoyer les écuries d’Augias et de faire de quelques bataillons de cette armée des unités efficaces sur le terrain. Dans le scénario pessimiste ils se glissent dans les chaussons dorés de leurs prédécesseurs, prennent gout au pouvoir et une dictature peut même se mettre en place. Le soutien plus ou moins important de la France à cette nouvelle équipe permettra peut-être d’influer sur le choix du scénario à venir.

« La Françafrique : Mythe ou réalité ? » – IRIS : 22/10/2020

Cet interview conduit par Caroline Roussy de l’IRIS en marge des « Géopolitiques de Nantes » tente de clarifier la part de mythe et de réalité qui se cachent derrière le terme de France Afrique. Des indépendances aux années 1990, la France a eu une politique africaine très cohérente s’appuyant sur des institutions et des mécanismes efficaces. Un proche du chef de l’Etat, initialement Foccard, pilotait une diplomatie parallèle cour circuitant le quai d’Orsay, et ce système s’est perpétué jusqu’au départ du président Chirac en 2007. La négociation de grands contrats d’équipement et de fourniture de matières premières dans des pays sans contre-pouvoirs a facilité un essor de la corruption. Certains chefs d’Etat africains ont pris l’habitude de financer les partis politiques français, devenant ainsi des acteurs importants sur la scène politique française à tel point qu’on a pu inverser l’expression et lui substituer l’expression « Afrique France ». Ce système bien huilé, ainsi fondé sur la corruption et le financement des partis politiques français, a commencé à se fissurer au cours des années 80 avec la crise économique. La mort du président Houphouët et la dévaluation du franc cfa en 1994 lui ont porté un coup. Depuis la mort du président Bongo en 2009 on peut espérer que ce terme n’a plus guère de réalité.

« Les racines économiques et sociales de la guerre au Sahel » – Willagri : 4/12/2020

Cet article de fond commandé par la revue Willagri fait une analyse détaillée des racines économiques et sociales des conflits en cours au Sahel. Certes l’origine de ces conflits est loin d’être essentiellement économique. Interviennent en effet des perceptions d’injustice par des communautés marginalisées, un besoin de sécurité dans un environnement où tout le monde est armé, une volonté de vengeance après des exactions de l’armée ou de milices diverses, la tentation de poursuivre à plus grande échelle le brigandage d’anciens coupeurs de route, enfin la dimension religieuse avec l’extension d’un islam salafiste intolérant. Mais les conflits qui se sont multipliés au Mali, au Burkina et au Niger correspondent pour beaucoup à des insurrections paysannes et des conflits intercommunautaires. Ces conflits se développent dans un contexte régional caractérisé par une démographie hors de contrôle qui alimente un sous-emploi massif, une agriculture fragile et aléatoire à très faible productivité, une pauvreté persistante, des relations sociales intercommunautaires et une organisation foncière fragilisées par la démographie, une agriculture menacée par le réchauffement climatique, un équilibre alimentaire précaire, une crise alimentaire provoquée par l’insécurité, des dégradations environnementales majeures, une jeunesse sans emploi et sans perspectives, des institutions publiques gravement dysfonctionnelles, et enfin un mode de développement agricole extensif qui a atteint ses limites. Dans un tel contexte où l’insécurité interdit la mise en œuvre de projets de développement ambitieux, la fin de la guerre n’est pas pour demain…

The Social and Economic Roots of the War in the Sahel (16/03/2020)

Version en Anglais de l’article ci-dessus fait pour Willagri – Lire (en PDF)

Publications 2019

« L’armée française risque-t-elle un enlisement au Sahel ? » – Interview France Info 2/12/2019

Ce long interview donné à France Info explicite les risques d’enlisement de l’armée Française au Mali. Barkhane se trouve actuellement dans une impasse. Ses nombreux succès tactiques n’ont pu empêcher une dégradation générale de la sécurité et l’extension géographique de l’activité des groupes armés rebelles. Même si Barkhane gagne toutes les batailles, elle est en train de perdre la guerre. Elle se heurte à l’immensité de l’espace, au changement de nature du conflit qui implique des frictions interethniques entre pasteurs et agriculteurs instrumentalisées par les Djihadistes, le tout dans une mosaïque ethnique complexe et une crise environnementale. Les armées du Burkina et du Mali, gangrénées par la corruption et le népotisme, sont incapables de résister aux assauts rebelles. Le choc démographique dans ces pays ne leur permet pas de conduire à la fois une politique sociale à la hauteur des besoins et des dépenses sécuritaires à la hauteur des défis. Les services sociaux, en particulier l’éducation publique, se sont effondrés en zone rurale. Un islam intolérant se substitue à l’islam soufi traditionnel et donne une coloration religieuse au conflit. Le problème va être maintenant pour Barkhane de s’extirper de ce piège en évitant une évacuation type Saigon en 1975…

« La taxe carbone doit peser sur les plus riches » – La Croix : 5/12/2019 (Avec Philippe Benoit)

Avec Philippe Benoit du Center on Global Energy Policy de Columbia University, nous rappelons à quel point, comme l’a démontré à nouveau la jacquerie des gilets jaunes, l’introduction d’une taxe carbone est politiquement difficile. Dans tous les pays le gazole fait partie des produits de base dont toute taxation réduit de manière insupportable le niveau de vie des plus pauvres. Ne faudrait-il donc pas traiter de manière différentiée la consommation des classes très aisées et en particulier celle des « super riches » dont les émissions de carbone deviennent extravagantes. Pour limiter à 2 degrés la hausse attendue des températures nous sommes dans un jeu à somme nulle, car toute émission excessive de carbone par une catégorie sociale, réduit le disponible pour les autres catégories. Il serait donc justifié d’appliquer des taxes carbones particulièrement élevées à certains produits de luxe et de renoncer à l’introduction de taxes de ce type frappant les classes moyennes. Le « malus » introduit par la France sur les SUV suit ce raisonnement, tout comme les réflexions conduites par les économistes qui conseillent le parti démocrate américain.

Publications 2018

2 interviews donné a Willagri sur l’agriculture sahélienne


« Mali, une guerre sans fin ? » – Revue de la Défense Nationale Janvier 2018

L’armée française se trouvera dans une impasse stratégique au Mali tant que le gouvernement malien restera dans l’incapacité de réorganiser sérieusement non seulement son armée, mais aussi sa gendarmerie, son administration territoriale, son système judiciaire et finalement l’ensemble de son appareil d’Etat. En 5 ans le régime actuel en a été incapable. Dans ces conditions beaucoup dépendra de l’issue des prochaines élections présidentielles maliennes prévues fin juillet.

« Mali, comment sortir de l’impasse stratégique ? » – “The conversation” 12/4/2018

Dans un contexte où l’insécurité s’étend au centre du Mali, où la force des Nations Unies a fait la preuve de son inefficacité et les projets européens de renforcement de l’armée (EUTM) et des services de sécurité (EUCAP) se révèlent d’une très faible efficacité, la force du G5 Sahel sera très insuffisante pour rétablir la sécurité. Une stratégie gagnante dans le centre du Mali est désormais inaccessible sans une reprise en main à la fois des décevants programmes de formation européens et la reconstruction d’un appareil d’Etat malien sérieux, tâche que le régime actuel, englué dans le clientélisme et le népotisme semble incapable de mettre en oeuvre.

« Le Président Macron met enfin l’aide au développement au service des pays les plus pauvres » (avec Olivier Lafourcade) – Le Monde 2/4/2018

Après une loi de finances 2018 très décevante pour l’aide au développement destinée aux pays les plus pauvres, marquée par une poursuite de l’accroissement des dotations aux institutions multilatérales et européennes et une stagnation des ressources en dons projet, le dernier CICID (comité interministériel pour la coopération internationale et le développement) marque enfin un vrai virage. Il reconnait la nécessité pour les pays les plus pauvres, en particulier au Sahel, de bénéficier de ressources significatives en dons qui permettront enfin à l’aide française de participer à l’effort international et de mieux valoriser son expertise. Les ressources projet sous forme de dons seront en effet portées de 200 milliions à 1 milliard d’euros pour 2019 et les montants consacrés à notre aide bilatérale seront progressivement rééquilibrés vis à vis des transferts consacrés aux institutions multilatérales et européennes. C’est un virage majeur attendu de longue date pour lequel nous plaidions jusqu’ici en vain qui est enfin engagé !

Africanistan, de Serge Michailof : de l’impérieuse nécessité d’être lucide… pour agir

Recension de mon livre Africanistan rédigée par Mr Brunet publiée le 4 avril 2018 dans la revue « Alternatives Humanitaires ».

« For safety and security in Niger solutions must flow upstream » « The Hill » 24 juin 2018

Cet éditorial rédigé avec Malcom Pott et Alisha Graves de l’Université de Californie Berkeley met l’accent sur le facteur démographique dans la montée de l’insécurité au Sahel et sur l’importance de l’éducation des filles et de la contraception dans la stabilité future du Niger et de toute la région. Il rappelle le faible coût des programmes de planning familial en comparaison du coût des opérations militaires. Les actions permettant de freiner la folle croissance démographique du Sahel sont essentielles non seulement pour la stabilité de cette région mais aussi pour celle du monde.

« Le défi du renforcement des institutions publiques sahéliennes » {note publiée par la FERDI)

Et version en Anglais : « The challenge of strengthening public institutions in the Sahel”

Cette note part du constat de l’extraordinaire fragilité des institutions publiques des pays dits fragiles ou en crise. Elle résume l’expérience acquise par l’auteur au cours de 12 années de conseil auprès d’institutions publiques et d’appareils d’Etat en grande difficulté dans des pays aussi divers que l’Afghanistan, le Cambodge, le Liban, Madagascar, le Niger, les Comores et la RDC. Elle présente les divers modes classiques d’intervention des bailleurs, explique les raisons de leur échec et présente au profit du Sahel les approches susceptibles de donner des résultats significatifs rapides si le pouvoir politique est prêt à accepter les contraintes liées à l’abandon du népotisme au profit de systèmes fondés sur le mérite et l’efficacité. Diverses approches d’ambition croissante sont envisageables. Elles vont du règlement des problèmes transversaux qui affectent la fonction publique, mesure de base très souhaitable mais à impact modeste, à des approches ciblées d’ambition limitée visant à renforcer rapidement certaines fonctions clé au sein de l’administration, ou enfin à la transformation d’un nombre limité d’administrations en institutions d’excellence.

« Quelles nouvelles politiques de coopération ? » et « Examen des nouvelles orientations de la politique française de coopération » (notes rédigées avec Olivier Lafourcade et publiées par la FERDI).

Ces deux notes, la première brève et la seconde développée présentent les nouvelles orientations de la politique française de coopération telles qu’elles découlent de la réunion du Cicid du 8 février 2018. Cette réorientation est majeure et très positive. La note détaillée reprend les critiques formulées de longue date vis-à-vis de la politique antérieure, critiques que nous avions présentées à l’équipe du Président Macron avant et après l’élection présidentielle. Cette note rappelle l’inadaptation de la loi de finances 2018 qui se présente « business as usual », en contradiction avec les déclarations de l’été 2017 du président de la république. Les grandes lignes de la réforme reposent sur un accroissement important de l’effort financier sous forme de dons en particulier au bénéfice des pays du Sahel, et une meilleure répartition future des ressources additionnelles entre bilatéral et multilatéral. Certes la contradiction entre la loi de finances et les conclusions du Cicid demeurent mais des corrections à la marge permettront d’attendre la loi de finances 2019. La note prévoit l’accroissement prévisible des interventions de l’AFD au Sahel après 2018, et présente les omissions qui subsistent dans les conclusions du Cicid : omission de l’importance de la consolidation des institutions en particulier régaliennes, omission du problème du financement de la sécurité des pays en crise, omission de l’importance du développement agricole et local, omission des questions démographiques. Au total il s’agit d’une excellente réorientation de notre politique de coopération même si d’importantes questions sectorielles restent à préciser et développer.

« Les nouveaux objectifs de développement durable sont-ils adaptés au cas des pays les plus fragiles ? « Exposé fait à l’Institut Agronomique National – Mai 2018

Interviews
• « Terrorisme au Sahel, dans 5 ans il sera trop tard » – In “Entretiens Eurafricains”, janvier 2018
• « Il faut redéfinir les priorités de l’aide au développement » – In “La Croix”, 25/1/2018
• « Y a-t-il de plus en plus de migrants africains qui viennent en Europe » – La Croix, 17 juillet 2018
• « Quel bilan peut-on tirer du mandat d’IBK sur les plans sécuritaire, économique et politique ? » – Le journal du dimanche, 29 juillet 2018

« L’Afrique émergente est-elle une fable ? » – Atlantico, 31 aout 2018

Interview Serge Michailof par Nicolas Goetzmann (Atlantico, 25/09/2018)

Publications 2017

Que faire, face à la déstabilisation du Sahel et aux risques qu’elle représente pour l’Afrique de l’Ouest, pour la France et pour l’Europe ?

Plaquette préparée pour le Président Macron sur les risques au Sahel et l’inadéquation de l’aide française à cette région

L’Afrique au risque des conflits – France Culture (06/01/2017)

Après être allé trop loin dans l’afro-pessimisme, est-on en train d’aller trop loin dans l’afro-optimisme ? Serge Michaïlof, économiste de terrain, ancien dirigeant de la Banque mondiale, observe l’Afrique depuis quarante ans.

Publié début 2017 dans la revue de la défense nationale « Sahel et dépenses de sécurité locales » explique que les pays du Sahel sont dans une double impasse budgétaire et sécuritaire, car personne ne veut les aider à financer leurs dépenses locales de sécurité qui désormais dépassent 6 % (voire 9 % pour le Tchad), de leurs PIBs respectifs. Une telle charge budgétaire est évidemment insupportable pour des pays dont le taux de fiscalisation rapporté au PIB est inférieur à 20 %. D’où l’importance absolument fondamentale d’un financement externe de ces dépenses, en particulier par l’Union Européenne qui pour l’instant rechigne sérieusement. Un tel financement externe est d’autant plus justifié que la sécurité dans cet espace immense que représentent le Sahel et ses confins sahariens constitue un bien public régional dont le coût doit être mutualisé.

« Faut- il un plan Marshall pour le Sahel » publié début 2017 dans la revue de l’ENA rappelle que l’analogie avec le plan Marshall est trompeuse car si la mobilisation d importants financements internationaux pour le Sahel est indispensable, par suite de la faiblesse des institutions et de l’appareil d’Etat dans ces pays, cet accroissement de l’aide peut rapidement devenir un problème en soi si cette aide est mal ciblée et mal gérée ce qui semble bien être le cas actuellement. Il est par conséquent moins important de se focaliser sur les seuls chiffres globaux d’aide comme on l’a fait pendant des années en Afghanistan et comme on recommence à le faire pour le Sahel, que de veiller au bon ciblage et à la bonne gestion de cette aide dont les effets peuvent finalement se révéler plus pernicieux que bénéfiques.

« Afrique Subsaharienne: Nuages inquiétants à l’horizon » publié en Français et en Anglais dans Alternatives humanitaires de Juillet 2017 rappelle que l’Afrique Subsaharienne qui a globalement connu une quinzaine d’années de croissance exceptionnelle n’est pas encore tirée d’affaire. Le ralentissement de la croissance chinoise et la baisse durable des prix des matières premières mettent en difficulté de nombreux pays. Mais surtout la montée des inégalités entre pays, et au sein même des pays à forte croissance, entre régions à la traine et régions dynamiques, est porteuse de tensions sociales qui deviennent problématiques dans un contexte d’insuffisante création d’emplois. Dans un tel environnement la montée de l’insécurité en Afrique de l’ouest est particulièrement inquiétante. Le modèle de développement africain, peu inclusif, trop centré sur l’exportation de matières premières ne répond pas à la demande d’emploi d’une population jeune en forte croissance. Il y a finalement une contradiction entre la démographie exceptionnelle du continent et son modèle actuel de développement. Il faut donc veiller à ce que le brulot que constitue le Mali ne s’étende dans une région qui reste exceptionnellement fragile. (English version)

« Explosion Programmée ? La croissance démographique va-t-elle déstabiliser l’Afrique de l’Ouest? »cet article préparé à la demande de la revue « Archi Cube », revue de l’école Normale Supérieure, fait un point précis sur les défis démographiques auxquels est confrontée l’Afrique et en particulier le Sahel et les risques géopolitiques que pose le retard dans la transition démographique du Sahel.

« Le Sahel, Afghanistan de la France ? » publié dans « la Jaune et la Rouge« , revue de l’Ecole Polytechnique, présente le risque géopolitique que pose le Sahel à la France qui peut rapidement se trouver engluée dans un conflit asymétrique insoluble si notre pays se contente d’apporter dans cette région un appui quasi exclusivement militaire et ne prend pas la direction effective d’un vaste programme visant au développement et à la stabilisation durable de cette région.

« Stabiliser le Sahel, une mission d’urgence pour le nouveau Président » co rédigé avec Olivier Lafourcade et publié dans le Figaro du 10 avril 2017 rappelle l’importance et l’urgence du chantier que va représenter pour le nouveau pouvoir la stabilisation du Sahel et la restauration de la sécurité dans cette immense région.

« Les pays les plus pauvres sont les grands oubliés de l’aide française au développement » (avec Olivier Lafourcade) – Le Monde, 22/12/2017

Cet article met le doigt sur l’inadéquation de l’aide française face aux défis du Sahel. Notre aide a en effet procédé autrefois à deux choix stratégiques majeurs malheureux qui n’ont jamais été remis en cause: (i) la plus grande partie de ses ressources d’aide sont confiées aux institutions multilatérales et européennes et (ii) le prêt a été retenu comme principal instrument d’intervention de son aide bilatérale. Dans ces conditions, les ressources en subventions que mobilise la France pour les pays les plus pauvres sont misérables (environ 200 millions par an pour 19 pays bénéficiaires dont moins de 100 millions pour le Sahel), ceci pour une aide globale en termes APD de l’ordre de 10 milliards d’euros et un effort budgétaire de 2,3 milliards. L’évolution de la situation au Sahel justifie une remise à plat de ces choix qui sont totalement inadaptés au moment où les dépenses militaires françaises dans cette region dépassent le milliard d’euros .

« Quand Macron évoque la démographie Africaine cela concerne directement l’Europe » – Le Monde 12/12/2017

Cet article répond à la controverse qui a éclaté suite à la declaration du Président Macron sur la démographie africaine. Le Président rappellait que la croissance incontrolée de cette démographie était l’une des causes de la pauvreté. Cette declaration a été très critiquée, en particulier en Afrique, sur le thème “occupez vous de la France et laissez les africains choisir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent”. Or cette déclaration est parfaitement justifiée: Factuellement la démographie excessive de nombreux pays, en particulier au Sahel, est l’une des causes de la pauvreté et la principale raison de la misère qui frappe les services sociaux de santé et d’éducation. Or ces pays de forte démographie sont pour la plupart des pays de forte émigration vers la France et il est assez logique que la France se soucie de cette question.

« Les Objectifs de Développement Durable sont-ils adaptés aux pays les plus fragiles ? » – in : “Un Défi pour la Planête- les Objectifs de Développement Durable en Débat” – Patrick Caron et Jean Marc Chataigner ed. Editions IRD 2017.

Les objectifs du millénaire adoptés en l’an 2000 ont servi pendant 15 ans de véritable boussole pour guider l’action des agences d’aide internationales. En sera-t-il de même pour les nouveaux objectifs de développement durables arrêtés en septembre 2015 ? Et ces objectifs sont-ils d’ailleurs adaptés au cas des pays les plus fragiles qui sont devenus des sujets de préoccupation majeure au moment où s’effondrent de nombreux pays du Moyen Orient et apparaissent en grand risque de nombreux pays africains en particulier au Sahel ? Sont-ils pour ces derniers des buts réalistes qui leur permettront de surmonter les obstacles gigantesques auxquels ils sont confrontés ? Quel pourra être le rôle des grandes agences d’aide dans leur mise en œuvre ? Cette démarche à vocation universelle qui s’adresse aussi bien aux Etats unis qu’au Niger a t- elle un sens pour les pays les plus fragiles ?

« Programmed Explosion: The consequences of the rapid population growth in Sub Saharan Africa ». – KAS International Reports. 32: in: http://www.kas.de/wf/en/33.47597/ [27 June 2017]. – (Version allemande)

The African Sub-Saharan countries are demographically a special case and the most spectacular demographic changes in the whole of human history are currently taking place on the African continent. In the course of the XXth century, population has admittedly also grown in many other areas of the world. But this process did not take place anywhere near as rapidly as in Africa, where population has increased seven-fold. As the population boom of the XXth century in Africa will be followed by a second one in the 21st century, its impact will not stay limited to the African continent alone.
(article also available in German: Vorprogrammierte Explosion ?).

« Sub – Saharan Africa: Worrying clouds on the horizon » – Humanitarian Alternatives July 2017

Having long been condemned to pessimism, Africa has unquestionably picked itself up, confronting considerable challenges- such as the recent Ebola crisis -, displaying encouraging economic growth and exporting its numerous talents. On the threshold of the 21 st century, a wave of Afro optimism gradually developed. Did we go too far, too quickly down this road? This is the argument I develop in this paper, venturing a parallel between the Sahel and Afghanistan, another well known “humanitarian land”. Tending more to Afro -realism I invite the reader to take stock of the perils which the continent will have to face, as well as the means it has at its disposal to overcome them.

« New Threats to Africa’s Stability and Growth » – In “Africa Reset – A new Way Forward” Ted Ahlers and Harinder Kohli ed. Oxford University Press- 2017

While Africa is obviously doing much better that 15 years ago, the continent is nevertheless confronting two major new threats: The first is the contrast between successful countries and those seemingly doomed to failure. The second is that even the successful countries have not always been able to prevent the emergence of deep social and geographic inequalities, which have often been accompanied by rising tensions and increasing insecurity. Since this last phenomenon often combines with an erosion of authority as the state loses control over some peripheral regions, these regions become lawless zones that eventually threaten the integrity of the states.

This new type of threat is arising in a global context, where radical Islam has replaced the secular ideologies of the twentieth century that had barely penetrated Africa. It provides the populations of these regions with simplistic explanations for the misery into which they are plunged and establishes in their minds the responsibility of the West for all their ills. The most serious problem has now arisen in the French-speaking Sahel, where despite regional alliances, external support from France and the US, and billions of dollars spent on military budgets, insecurity is still developing, particularly around Lake Chad and in the north and center of Mali.
The key causes of these developments are generally the coincidence of strong demographic growth, a narrow economic base principally focused on relatively unproductive agricultural activities, vast territories that are difficult to control, populations fragmented into multiple ethnic or religious groups, and the presence of a large Muslim population subjected for several decades to strong Salafist propaganda. These constraints translate into considerable underemployment of a large cohort of young men entering the labor market without prospects. In some cases, these difficulties are heightened by marginalization or by economic or political discrimination. These countries or regions, described as “fragile,” are currently the target of attempts at destabilization carried out by jihadist groups on a sometimes mafia-like scale. These groups usually control specific economic circuits dealing with illicit trafficking (including weapons, cigarettes, drugs, and migrants).

While flashpoints threatening to spread very swiftly may require external military intervention, as was the case when French forces had to put a stop to a military offensive led by jihadist groups in Mali in 2013, this type of conflict can neither be settled by foreign armies nor definitively solved by military means alone. They require responding to the state’s shortcomings and, to this end, considerably strengthening not only the national armed forces but also consolidating—or in some difficult cases rebuilding—the entirety of the other state sovereign institutions, particularly the police, the judiciary and local administration. This type of consolidation can be part of an ambitious program of security sector reform, the scope of which must be expanded compared to current practice.

Since the poorest countries lack the fiscal resources to enable them to carry out this strengthening of their state apparatus, they are currently caught in a double impasse that is both budgetary and security-related. They risk falling into a conflict trap if they are not strongly supported in their efforts by donors, which up to now have carefully avoided involving themselves in security-related issues. The agenda of African governments facing these new threats needs to be ambitious, but it will be hard to implement.

Basically, these countries will have to (i) consolidate or rebuild their state apparatus and negotiate exceptional financial, technical, and political support from the West for this purpose; (ii) regain control of international aid spending so as to reorient it as far as possible toward the factors that fuel insecurity, particularly rural poverty, in order to create massive employment opportunities; and (iii) undertake wide-ranging reform of their education systems and vocational and technical training programs. (iv) In addition, the massive creation of jobs demanded by their exceptional level of demographic dynamism also means facilitating the development of a dynamic private sector. (v) Finally, these multiple efforts will remain insufficient if the rate of population growth is not brought down to a level compatible with the countries’ economic capacities. The implementation of such policies will require exceptional communication and pedagogical efforts.

The restoration of security throughout this region implies a very important ideological dimension. Therefore, it is imperative that governments engage in a courageous struggle against Islamic fundamentalism and jihadist ideology. The success of such a comprehensive response to the security challenge presupposes that governments demonstrate the political will to act simultaneously on these various axes by building coalitions adapted to the exceptional scale of the challenges they face.

Interviews
• « Stabiliser le Sahel: Une mission d’Urgence pour le Prochain Président » (avec Olivier Lafourcade) – in Le Figaro 10/4/2017.
• « L’Armée française risque d’être longtemps au Mali » – In Les Echos 16/7/2017
• « Le risque d’une implosion du Sahel selon le modèle afghan » – In La Marseillaise 23/1/2017

« Présentation faite au Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique » – 13/11/2017

Le dilemme sécurité développement ne peut être résolu par la seule intervention de forces des Nations Unies ou des contingents étrangers. La restauration de la sécurité dans un pays en crise grave ou plongé dans un conflit interne exige la reconsruction d’un appareil d’Etat, tâche particulièrement difficile techniquement, financièrement mais surtout politiquement. Une telle reconstruction n’est possible que dans le cadre de certaines conditions politiques et exige un appui technique et financier extérieur. Mais ce type de demarche exige aussi pour les bailleurs une sortie de l’orthodoxie qui veut qu’ils ne doivent en aucune manière s’impliquer dans les questions sécuritaires et militaires.

Publications 2016

Dans cette série d’articles et d’interviews publiés dans différentes revues et journaux je rappelle et actualise suite à la publication de mon livre « Africanistan » en octobre 2015, les défis qui se présentent au Sahel et la nature des réponses qu’il conviendrait d’y apporter.

article New African mars 2016

THE RECENT French intervention in Mali made obvious to the world the immense fragility of the entire Sahel zone—a sub-Saharan region covering some seven million square kilometers.

NewsAfrican – Priorité au plein-emploi

Après avoir dénoncé l’inefficacité de l’aide actuelle et la situation du Sahel, l’auteur de Africanistan – L’Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ? démonte l’engrenage fatal qui risque d’entraîner la jeunesse sur la voie des trafics mafieux et du djihadisme.

Les crises internationales du XXIe siècle : La lutte contre le djihadisme au Sahel ne peut reposer sur le seul volet militaire

Janvier 2013 : le Mali, un pays de 18 millions d’habitants, une démocratie modèle qui affichait depuis 10 ans 7 % de croissance, s’effondre face à quelques centaines de djihadistes. Que s’est-il passé ? En réalité le Mali constituait le maillon le plus faible de la chaîne des pays
qui, sur la frange sud du Sahara, sont confrontés à la montée de graves menaces externes, au moment où leurs fragilités internes apparaissent au grand jour.

Face à l’expansion de Daesh en Libye et aux risques de déstabilisation du Sahel la réponse ne peut être uniquement militaire

Nous sommes confrontés au risque d’implosion d’une zone où vivent actuellement environ 100 millions d’habitants, qui seront 150 millions dans dix ans. Dans un contexte de forte insécurité, le France doit impérativement reprendre le contrôle d’une partie des considérables ressources qu’elle verse aux institutions d’aide internationales. Illustré de deux cartes et un graphique.

« Tous les éléments du cocktail explosif sont réunis » – Afrique magazine n°360 – Avril-Mai 2016

Entretien avec un expert, ancien de la Banque mondiale, auteur d’un livre choc, Africanistan, sur un continent en proie à la fragmentation. Un regard sans concession.

Nous n’avons encore rien vu en matière de poussée migratoire – Le Figaro – Février 2016

Le chercheur* associé à l’Iris met en garde contre une déstabilisation par des djihadistes du Sahel dont la seule population francophone représentera dans vingt ans 130 millions de personnes.
Si l’on veut limiter les réactions xénophobes, il est souhaitable de stabiliser la taille des diasporas et pour ce faire de contrôler étroitement l’immigration provenant de cultures très éloignées de la nôtre sinon l’appel d’air devient ingérable

Sortir le Sahel de l’impasse: interview de Serge Michailof – L’Afrique des idées (terangaweb.com)

Le Sahel va-t-il se transformer en un nouvel Afghanistan ? C’est la question provocatrice que pose Serge Michailof, ancien directeur opérationnel à la Banque mondiale et à l’Agence française de développement (AFD), dans son récent ouvrage Africanistan (Fayard).

L’Europe doit assurer une partie des dépenses de sécurité au Sahel - Le Monde – Janvier 2016

L’effondrement du Mali, en janvier 2013, a mis en évidence l’extrême fragilité des pays situés sur la frange sud du Sahara. Ceux ci sont confrontés à la montée de menaces extérieures. La plus grave provient de l’effondrement de la Libye , où se sont repliés les djihadistes repoussés par l’intervention française au Mali .

«Des dizaines de millions d’Africains se préparent à gagner l’Europe» – L’hebdo – Dec 2015

L’effondrement de l’économie et le chaos sécuritaire qui règne au Sahel font courir de gros risques à l’Afrique subsaharienne et au continent européen, alerte le Français Serge Michailof, ex-dirigeant de la Banque mondiale. Son constat, ses solutions.

« Le Sahel est constitué d’une série de poudrières »

Cette tribune publiée dans le Monde du 2 mai 2016 met en évidence les éléments de fragilité considérables du Sahel et explique pourquoi cette région a toutes chances de devenir un sérieux problème géopolitique pour notre pays et pour l’Europe.

« Les Racines de la crise au Sahel »

Cet entretien avec le philosophe Marcel Gauchet dans la revue Le Débat de mai 2016 m’a permis de rappeler les origines de la crise actuelle au Sahel, en rappelant certes sur son caractère multiforme mais en insistant sur l’échec de la modernisation du monde rural.

Face à l’expansion de Daesh en Libye et aux risques de déstabilisation du Sahel la réponse ne peut être uniquement militaire (Diploweb – 21/02/2016)

Publications 2015

Serge Michaïlof - Africanistan

L’Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ?

En 2050, l’Afrique sera plus peuplée que la Chine, mais les jeunes en âge de travailler y seront trois fois plus nombreux et les emplois manqueront encore plus cruellement qu’aujourd’hui. Or le chômage massif de jeunes à demi scolarisés constitue l’une des principales explications de l’effondrement dramatique de l’Afghanistan, la Syrie ou l’Irak.

Le Sahel francophone est une zone d’immense fragilité, dont les caractéristiques rappellent l’Afghanistan. Nous ne voulons voir que l’Afrique en progrès, celle qui offre de nouveaux marchés et regorge de matières premières. Mais l’Afrique en crise existe toujours et se comporte comme un cancer, envoyant ses métastases dans les pays voisins, et jusqu’en Europe. Bien naïf celui qui croira que la charité et les interventions militaires suffiront à éteindre l’incendie qui couve dans ces zones déshéritées.

Nous ne pourrons rester longtemps indifférents : pour ne pas être nous aussi victimes de ces métastases, tentons de comprendre la réalité, et réfléchissons à ce qui peut encore être envisagé pour endiguer le feu et éviter que l’Afrique en crise n’arrive dans nos banlieues.

Serge Michaïlof - Africanistan

Africa in crisis: will we find it on our doorstep?

By 2050, Africa will have more people than China, but there will be three times as many working-age youth and jobs will be even harder to come by than today. Widespread unemployment of poorly educated young people was, however, one of the drivers of the breakdown in Afghanistan, Syria and Iraq.

The French-speaking Sahel is an immensely fragile region, with many features that recall Afghanistan. We want to see only the “Africa on the move” which offers new markets and vast natural resources. But the “Africa in crisis” still exists and is spreading like a wildfire that jumps to neighboring countries and even to Europe. Only the naïve can think that charity and military action are sufficient to halt the spread of this wildfire.

We cannot stay indifferent for long: to avoid being burnt, it is imperative to understand the reality of the crisis and reflect on what can still be done to contain the fire and keep the “Africa in crisis” from turning up on our doorstep.

Document, Artices & Interviews

ODD Présentation a à la commission développement durable du parlement

Dans cette présentation faite à la commission du développement durable de l’assemblée nationale le 1 er avril 2015 je procède à une critique sévère des nouveaux objectifs de développement durable tels qu’ils ont été mis au point après un processus consultatif géré par les Nations Unies qui relève de l’usine à gaz. Alors que les erreurs et omissions qui ont présidé à la définition des anciens objectifs du millénaire qui viennent à échéance cette année étaient bien identifiés et faciles à corriger, les Nations Unies se sont engagées dans une voie excessivement ambitieuse qui ne peut répondre aux besoins des pays les plus pauvres. On ne peut en effet fixer un cadre d’objectifs identique pour la Chine et le Niger, les États-Unis et le Népal et l’approche retenue de l’avis de nombreuses personnalités indépendantes frise l’utopie. Elle jette aux orties la démarche des OMD qui avait certes ses faiblesses, mais qui, après correction des erreurs et omissions, aurait été néanmoins bien adaptée aux problèmes auxquels sont confrontés les PMA. En fait les préoccupations des mouvements écologistes des pays riches semblent l’avoir emporté sur les soucis et les urgences que doivent résoudre les pays pauvres. Les responsables politiques se donnent ici bonne conscience en adoptant un mécanisme qui mélange objectifs de nature micro économique, lutte contre le changement climatique, ambitions en termes de biens publics mondiaux et vœux pieux…

Le G20 doit aider les pays du Levant à mieux accueillir les réfugiés syriens – Le Monde.fr – 13 novembre 2015

Je rappelle dans cette tribune du Monde que la première mesure à prendre pour alléger le sort dramatique des réfugiés syriens au moyen orient est de négocier leur accès au marché du travail local en Jordanie, au Liban et en Turquie en échange de compensations financières européennes.

Pouvons nous, devons nous, accueillir tous les migrants ? – Exposé Club Res Publica – 23 novembre 2015

Conférence faite le 23/11/2015 devant le club Res Publica dans laquelle je développe mon analyse amorcée dans « Africanistan » sur le thème: « Pouvons nous, devons nous accueillir tous les migrants ? » Je développe en particulier le rôle joué sur les pressions migratoires par la divergence croissante entre les revenus au plan mondial , le rôle joué par les diasporas dans les migrations économiques, l’ampleur prévisibles des migrations d’origine politiques au cours des prochaines décennies, l’impact prévisible de migrations africaines incontrôlées sur notre société et je procède enfin à un questionnement général sur le multiculturalisme.

Publications 2014

Les donateurs ne doivent ils pas revoir radicalement leurs approches au Sahel ?

Exposé préparé pour le colloque des 10 ans de la FERDI : 10 janvier 2014

J’ai souhaité profiter de cet exposé présenté à l’occasion des 10 ans de la fondation FERDI le 10 janvier 2014 pour remettre radicalement en cause le cadre conceptuel qui guide la manière dont les donateurs interviennent au Sahel. La lutte contre la pauvreté et la focalisation des efforts sur les secteurs sociaux qui constituent en effet la bible de la communauté internationale des donateurs est manifestement inadaptée au cas de pays particulièrement fragiles soumis à de multiples menaces sécuritaires, où s’impose à l’évidence comme priorité stratégique la reconstruction ou la construction ex nihilo d’un appareil d’État moderne efficace. Cette révision des priorités stratégiques doit également mettre en haut de l’agenda le développement économique, en particulier dans le secteur rural, domaine trop longtemps négligé. Enfin les problèmes de coordination de l’aide sont toujours mal résolus dans ces pays et imposent des approches novatrices fondées sur le recours à des fonds fiduciaires multi bailleurs qui seuls, dans la pagaille actuelle, sont susceptible de faire en sorte que le ciblage de l’aide corresponde à des priorités évidentes.

Recension du livre dirigé par Jean-Pierre Vettovaglia: « Déterminants des conflits et nouvelles formes de prévention » ed. Bruylant – 2013

Dans cette recension détaillée du livre dirigé par jean Pierre Vettovaglia sur les « Déterminants des conflits et les nouvelles formes de prévention »publié aux Editions Bruylant à Bruxelles en 2013, je souhaite attirer l’attention sur l’intérêt de cet ouvrage majeur qui recueille un exceptionnel ensemble de textes dans lequel JP Vettovaglia a su imposer une claire ligne directrice ce qui constitue un tour de force dans un livre de cette taille. Cet ouvrage récompensé par le prix Turgot du livre d’économie francophone constitue à la fois un ouvrage de référence mais aussi un livre qui malgré son épaisseur mérite d’être lu et médité attentivement. Je conseillerai au lecteur pressé au minimum la lecture de la synthèse rédigée par jean Pierre Vettovaglia et Philippe Hugon( « Les enchevêtrements des déterminants en Afrique page 817) qui constitue une analyse exceptionnelle.

Stabiliser le Mali . Une aide bien gérée est indispensable

Dans cet article publiée dans la revue Le Débat et co-rédigé avec Olivier Lafourcade nous procédons à un rappel des dangers considérables qui menacent toujours le Mali et de manière plus générale le Sahel; nous rappelons qu’une aide bien gérée constitue un élément très important dans un processus de stabilisation post conflit, expliquons que l’aide bilatérale française est pratiquement désarmée et sans ressources pour intervenir dans ce type de pays suite à une série de choix stratégiques anciens qui se révèlent aujourd’hui particulièrement malencontreux; nous expliquons pourquoi les carences des institutions multilatérales qui gèrent l’aide internationale au Sahel et en particulier les importantes ressources que lui a confié la France nous conduisent à penser que leurs ressources seront mal ciblées et mal utilisées et que l’échec de l’aide risque fort de contribuer, tout comme ce fut le cas en Afghanistan, à une impasse en matière de relance économique et de stabilisation des zones d’insécurité.

Après ce diagnostic inquiétant nous présentons un processus de sortie de cette impasse fondé sur la reprise d’un certain contrôle par la France des ressources de l’aide multilatérale consacrée au Sahel, ceci grâce à la mise en place d’un ou plusieurs fonds fiduciaires dédiés. Une telle démarche exige bien sur une négociation avec les organisations multilatérales en particulier la Banque Mondiale, l’Union Européenne et la Banque Africaine de développement, négociation qui est parfaitement possible mais qui demande une intervention politique à un niveau approprié. Cet article s’achève sur un ensemble de recommandations pour guider intelligemment l’usage des fonds de l’aide internationale et éviter qu’ils ne soient largement gaspillés comme ce fut le cas en Afghanistan.

Eliminating Fragility and Conflict

Ce chapitre fait partie d’un ouvrage collectif de prospective sur l’Afrique à horizon 2050 en Anglais publié par Oxford University Press sur financement de l’institut de recherche rattaché à l’agence d’aide japonaise, la JICA. Ces travaux avaient été confiés au groupe Centennial, un think tank indépendant basé à Washington qui s’est spécialisé dans le conseil stratégique aux gouvernements.

Ce chapitre procède à une analyse approfondie des facteurs qui affectent beaucoup d’États africains et qui contribuent à leur fragilité et au risque de déclenchement de conflits internes. Il procède à une analyse de la littérature spécialisée en ce domaine, s’appuie sur mon expérience personnelle, procède à une typologie des États en fonction de leur caractéristiques économiques et politiques et de leur degré de fragilité, pour en tirer un ensemble de recommandations détaillées pour aider ces pays à surmonter ces difficultés.

Evitons un enlisement militaire au Mali et stabilisons durablement la situation au Sahel

Dans cet article du monde de janvier 2014, j’attire l’attention sur les risques d’un enlisement militaire au Mali et sur les conditions permettant d’éviter une telle évolution qui serait à tous égard désastreuse, tant pour nos militaires que pour la population malienne. Ces conditions impliquent le lancement d’un programme d’aide ambitieux et cohérent largement centré sur le monde rural, des négociations politiques avec les groupes rebelles, la reconstruction d’un appareil d’État malien crédible impliquant en particulier une réforme complète du secteur de la sécurité et des institutions régaliennes, enfin la mobilisation des ressources de l’aide internationale et une gestion centralisée de ces dernières, impliquant la mise en place d’un fonds fiduciaire multi bailleur permettant de se substituer au moins temporairement aux processus de programmation budgétaire locaux défaillants.

Élection présidentielle en Afghanistan : elle pourrait mener le pays au bord du gouffre

Dans cette tribune publiée le 8 juillet 2014 sur le site de l’OBS +, je commente la situation à tous égards désastreuse dans laquelle se trouve l’Afghanistan à l’issue du 2 ème tour des élections présidentielles qui n’ont pas permis de dégager un vainqueur incontestable à cause d’une fraude colossale des deux bords. L’impasse politique est complète et seules de fortes pressions américaines permettront vraisemblablement de désigner un vainqueur dont la légitimité restera contestée. cette situation est consternante et risque fort de décourager les donateurs qui financent tant le fonctionnement de l’appareil d’État que les forces armées qui se trouvent confrontées à une recrudescence de l’insurrection. Le départ des troupes internationales provoque un effondrement de l’économie largement fondée sur les retombées de la présence étrangère et des dépenses militaires. A moins d’un accord politique rapide entre les deux candidats pour un partage du pouvoir, le blocage politique ne peut que renforcer les talibans dans leur refus de négocier et risque d’engager le pays dans une spirale où récession, insécurité, et impuissance du politique s’alimenteront mutuellement.

Publications 2013

Tribune du Monde.fr du 19 janvier 2013 : « Evitons un enlisement militaire au Mali et stabilisons durablement la situation au Sahel »

Présentation de la tribune du Monde.fr du 19 janvier 2013

Cette tribune souligne le caractère incontournable de la décision du Président Hollande d’intervenir militairement au Mali face à la menace que faisaient peser sur le sud du pays les groupes Djihadistes. Elle met par contre en évidence les risques d’un enlisement de la France désormais en première ligne dans un engrenage qui peut tourner à un cauchemar de type Afghan. Elle rappelle le contexte social déchiré du nord Sahel et l’absence d’espoir et de perspectives pour la jeunesse de ces régions. Elle définit les grandes lignes d’un programme de stabilisation qui doit faire suite à l’intervention militaire et qui doit comporter négociations politiques avec les touaregs, processus de reconstruction d’un Etat malien fonctionnel par la reconstruction des principales institutions régaliennes et enfin focalisation des aides internationales sur quelques thématiques prioritaires dont le développement rural grâce à la mise en place d’un fonds fiduciaire multibailleurs dédié.

Note de l’IRIS, mai 2013 : « Le développement du Sahel et en particulier du Mali : Leçons de l’expérience, enseignements de la recherche » Pierre Jacquemot et Serge Michailof

Dans cette note de l’IRIS préparée conjointement avec Pierre Jacquemot, nous tentons de synthétiser tant notre propre expérience acquise au sahel que certains des acquis de la recherche portant sur l’économie sahélienne, ses contraintes, ses potentialités et ses perspectives de développement, ceci dans le contexte de la crise malienne. Notre conviction commune est que les facteurs de conflictualité doivent être réduits au plus vite et que la relance de l’économie fait ici partie de la « boite à outils».

Nous sommes à cet égard persuadés que l’élevage pastoral a encore un avenir au nord et qu’au sud la filière coton peut être aisément redynamisée. L’agriculture familiale dispose à cet égard d’un potentiel de développement considérable qui reste sous utilisé. En revanche l’impact du changement climatique a toutes chances d’être sévère et face à la récurrence prévisible de sécheresses très sévères les responsables doivent d’ores et déjà penser aux palliatifs. L’économie verte offrira certes des opportunités mais des aménagements lourds seront indispensables en matière d’aménagements hydro agricoles. La forte dynamique urbaine permettra d’offrir les débouchés nécessaires aux productions alimentaires locales. L’insertion de la jeunesse dans une dynamique économique retrouvée sera indispensable pour assurer la stabilité sociale et politique de la région et l’économie populaire urbaine offre certainement des potentialités. La fragmentation des marchés reste un sérieux problème malgré les acquis de l’intégration régionale et les processus de développement devront en permanence s’organiser entre échelons locaux où peuvent être testés des actions novatrices et niveau global. La dynamique démographique est telle que d’importantes migrations seront inévitables, permettant d’importants transferts financiers et de compétence.

Au total les défis sont manifestement d’une telle ampleur qu’une coalition internationale sera indispensable pour mobiliser les financements d’aide qui s’avéreront nécessaires afin de soutenir les efforts locaux. Cette note procède à ce propos à quelques recommandations pratiques urgentes telle la constitution d’un fonds fiduciaire multibailleurs cogéré entre responsables sahéliens et donateurs, sachant que l’appropriation par les responsables sahéliens de ces outils et des financements correspondants est cruciale.

Article publié dans le « Global Journal of Emerging Market Economies », mai 2013. « Africa 2050: jobs and prosperity in a multipolar global economy – Moving out of Fragility and Conflict »

Abstract:
Most African states are unfortunately prone to some level of “inherent” fragility, influenced by the level of government inclusiveness and legitimacy and the quality of the state’s main institutions. Inclusive political systems and/or a well functioning democracy may lower inherent fragility. But democracy and political inclusiveness are no guarantee of state resilience; basic economic reforms and strong growth are not incompatible with state fragility. The deeply ingrained social and historical character of inherent fragility explains why moving out of fragility is so difficult. Institution building during times of crisis- specific tension and stresses and shocks- is usually necessary to transition from fragility to resilience.

Note destinée aux autorités politiques françaises : « Comment gérer efficacement l’aide au Mali ? »

Par Olivier LAFOURCADE, président de «Investisseurs et Partenaires», ancien directeur à la Banque Mondiale, ancien membre du comité exécutif de l’AFD, et Serge MICHAILOF, chercheur associé à l’IRIS, ancien directeur à la Banque Mondiale, ancien directeur des opérations et membre du comité exécutif de l’AFD – Novembre 2013

Cette note rédigée par Olivier Lafourcade et Serge Michailof, spécialistes reconnus en matière d’aide au développement, met en évidence l’inadaptation flagrante des instruments et des choix budgétaires français en matière d’aide au développement face aux défis posés par la mise en place d’une aide efficace au Mali.

Alors qu’un échec de l’aide comme c’est le cas en Afghanistan, serait susceptible de mettre en péril le processus de stabilisation en cours, cette note souligne que le double choix par ailleurs jamais politiquement assumé, d’une part de confier aux organisations multilatérales l’essentiel de notre aide au développement « effective » – c’est-à-dire débarrassée de tout ce qui permet de gonfler artificiellement les statistiques – et d’autre part de privilégier l’instrument « prêt »pour notre aide bilatérale, laisse la France non seulement sans ressources pour intervenir efficacement au Mali mais également sans moyens sérieux pour veiller au bon usage que feront les organismes multilatéraux des milliards que nous leur confions.

Cette situation est très inquiétante car l’expérience, un cas typique étant précisément l’Afghanistan, est qu’une aide mal gérée dans ce type de situation fait rapidement partie du problème et non de la solution.

Publications 2012

Tribune du Monde 31 janvier 2012 Afghanistan, reconnaîtrel’impasse

(Présentation Tribune du Monde 31 janvier 2012)

La mort de quatre soldats français abattus par un militaire de l’armée afghane illustre l’impasse dans laquelle se trouve désormais engagée la coalition occidentale en Afghanistan. L’arrivée du Président Obama a permis depuis 2009, sous la direction du général Petraeus, la mise en place d’une stratégie enfin cohérente de lutte contre l’insurrection. Mais les progrès récemment accomplis pour construire à toute hâte une armée et des services de sécurité afghans et reprendre l’initiative militaire ne peuvent masquer l’immense faiblesse de ce qui est devenu un narco Etat. Ils ne peuvent non plus masquer l’absence de projet politique d’un régime discrédité. Les succès militaires annoncés par les responsables américains sont très relatifs, l’assainissement de la police marque le pas, l’appareil d’Etat reste déliquescent, les relations avec l’armée pakistanaise qui détient une bonne part des clés du conflit sont exécrables, et l’économie afghane n’est qu’une bulle gonflée par la drogue, l’aide et les dépenses militaires. La survie du régime après le retrait occidental programmé pour 2014 exigera des transferts budgétaires de l’ordre de 10 milliards de dollars par an soit les ¾ du PIB du pays. De tels efforts pour soutenir un régime où la corruption atteint des sommets seront politiquement de plus en plus difficiles à justifier alors que la rébellion contrôlera l’essentiel du territoire. Les scénarios pour l’avenir sont donc sombre : Le plus probable est à court terme une survie du régime actuel tant qu’il sera financièrement et militairement soutenu par les Etats-Unis. A moyen terme soit les Talibans reprendront le pouvoir, soit une guerre civile de longue durée éclatera entre le sud et l’est Pachtounes soutenus par le Pakistan et les chefs de guerre du Nord soutenus par l’Inde, la Russie et l’Iran. Quelque soit le scénario, une vaste région montagneuse inexpugnable couvrant l’est de l’Afghanistan et les zones tribales du Pakistan abritera des groupes extrémistes.

Tribune du Monde.fr du 29 mars 2012 : « Le nord du Sahel a besoin d’un plan Marshall pour sortir de la violence »

Présentation de la tribune du Monde du 29 mars 2012

Cette tribune rappelle l’importance de ne pas répéter au Sahel les erreurs commises en Afghanistan où les puissances occidentales ont privilégié une réponse sécuritaire et répondu trop tard à la formidable demande locale d’un Etat fonctionnel et de développement rural par une aide longtemps insuffisante et désorganisée. Elle souligne le rôle clé que peut jouer dans un processus de stabilisation une aide au développement bien conçue. Elle met en évidence en ce domaine l’inadéquation des choix budgétaires et instrumentaux de notre aide bilatérale qui est actuellement absente au Sahel. Ces choix ont été effectués au cours des ans sans que jamais le politique ait eu à se prononcer sur ces questions. Il est ici urgent de redresser la barre et que la France puisse prendre la tête d’une coalition internationale de donateurs mobilisant enfin des ressources à la hauteur des défis qui se posent au Sahel.

Tribune du Monde 26 octobre 2012 : “Mali: Evitons un nouvel Afghanistan »

Présentation de la tribune du Monde du 26 octobre 2012

Cette tribune publiée dans les pages « débats » rappelle la difficulté et les risques de toute intervention militaire au Mali. Elle souligne qu’au plan militaire, sans une implication directe de la France et un soutien clair de l’Algérie, les troupes de la CEDEAO n’ont aucune chance de pouvoir s’imposer. Elle insiste sur l’ampleur des problèmes économiques et sociaux dans un contexte de démographie galopante au nord du Sahel et sur leur analogie avec les problèmes auxquels est confronté l’Afghanistan. Elle met en garde sur les risques d’un dérapage, comme en Afghanistan, d’une opération militaire antiterroriste limitée à une guerre de guérilla dans un milieu humain en proie à des difficultés et des tensions gravissimes.

Publications 2011

Tribune du Monde nov 2011

(présentation tribune du Monde nov 2011)

Les récentes prises d’otages au Sahel constituent une nouvelle preuve de la préoccupante dégradation de la sécurité au Sahel et de l’amorce d’un processus de ce qu’il faut bien appeler une afghanisation de la sous région. Tout comme en Afghanistan, la combinaison des carences des appareils d’Etat et de la dégradation des écosystèmes dans un contexte de démographie galopante constitue un mélange explosif. Tout comme en Afghanistan, la réponse qui se focalise sur les aspects sécuritaires et oublie la dimension développement va vite montrer ses limites. Espérons que l’action de l’aide internationale, dont on voit très bien la nature des programmes qu’elle devrait de toute urgence financer, ne sera pas comme en Afghanistan, tardive, insuffisante et inadaptée.

Libération : Leçon africaine pour la Grèce

Article de Libération le 08 novembre 2011

Dans cette tribune de Libération je procède à un parallèle qui est frappant entre les plans d’ajustement structurels conduits dans la période des années 80 et 90 dans la zone franc en Afrique et le programme d’ajustement imposé à la Grèce depuis le 27 octobre 2011. Dans les deux cas une grave perte de compétitivité et une mauvaise gouvernance ont provoqué déficits extérieurs, déficits publics, ainsi qu’une dette insoutenable. L’expérience africaine montre que dans un régime de taux de change fixe, une perte de compétitivité de grande ampleur comme aujourd’hui en Grèce, ne peut trouver de solution par des programmes d’ajustement dits « réels » fondés sur la seule austérité budgétaire, des compressions salariales et des remises de dettes partielles. La leçon africaine pour la Grèce est que le plan du 27 octobre ne permettra pas de résoudre la crise Grecque. La solution à cette crise implique soit une annulation plus conséquente de la dette grecque accompagnée de transferts financiers d’une toute autre ampleur en provenance de l’UE, soit la sortie de la Grèce de la zone euro et une dévaluation importante, qui pour réussir, exigera aussi un soutien financier européen. En l’absence de solution, l’expérience africaine fait aussi craindre une polarisation politique en Grèce, dangereuse tant pour l’assainissement de l’économie que pour la démocratie.

Mondes : Prévenir les conflits et reconstruire, une Gageure ?

Les Cahiers du Quai d’Orsay été 2011(Français)
Les Cahiers du Quai d’Orsay été 2011(Anglais)

Le bilan des efforts de la communauté internationale en matière de prévention des conflits dans les pays du Sud est bien décevant. C’est que derrière chacun de ces conflits on trouve non des bouderies de grands enfants qu’il suffirait de raisonner, mais des crises politiques profondes et des dynamiques terribles qui conduisent à des spirales de violence. On s’aperçoit également que l’introduction du type de démocratie superficielle qui se pratique dans beaucoup de ces pays ne règle rien, et tend au contraire à aggraver les tensions. En parallèle, le bilan que l’on doit tirer de l’échec des efforts de reconstruction en Afghanistan est terrible. On peut donc se demander si incapable d’une part de prévenir les conflits et d’autre part de reconstruire les pays sortant de conflits, la communauté internationale n’est pas condamnée à l’inaction et les pays qui la composent à chacun se barricader chez soi…

En fait une analyse approfondie de l’échec en Afghanistan montre que ce désastre est largement dû à un cumul d’erreurs extrêmement graves commises par la communauté internationale. Celle ci s’est engagée dans ce pays sans tenir compte des enseignements accumulés depuis plus de trente ans en matière de reconstruction post conflit. Il est important pour l’avenir de tirer les enseignements de cet échec pour éviter dans d’autres circonstance de répéter les mêmes erreurs : En particulier le manque d’attention porté à la reconstruction des institutions régaliennes, le manque flagrant de coordination de l’aide, l’inadéquation des objectifs du millénaire pour développement en tant que cadre conceptuel guidant l’action des bailleurs dans ce type de circonstances, les dysfonctionnements provoqués par les modes d’intervention traditionnels de l’aide. On sait bien sur que les obstacles majeurs au succès de la reconstruction sont de nature politiques, mais ils doivent être affronté clairement. En tout état de cause une remise à plat complète des approches et modes d’intervention de l’aide internationale dans ces circonstances s’impose à l’évidence.

REVUE POLITIQUE ETRANGERE AVRIL 2011 : « Comment sortir de l’ornière les pays faillis ? »

Article Politique Etrangère avril 2011

Dans cet article de la revue Politique Etrangère de l’IFRI consacrée aux Etats fragiles, Serge Michailof procède à une analyse des phénomènes qui conduisent certains pays à s’enfoncer dans des crises dramatiques. Dans des contextes où échec économique et démographie galopante constituent un mélange particulièrement instable, l’accaparement du pouvoir économique et politique par des groupes sans scrupules plonge ces pays dans des spirales d’échec qui s’accompagnent le plus souvent d’un effondrement de l’appareil régalien. Face à ces situations, la communauté internationale qui tente vainement d’intervenir apparaît désemparée, ses modes d’intervention inadaptés, les objectifs qu’elle se fixe et le cadre conceptuel de ses interventions décalés par rapport à l’ampleur des problèmes à résoudre. Les obstacles majeurs sont de nature politique. Pourtant une analyse rigoureuse des échecs passés montre les écueils qu’il faut éviter et ouvre des perspectives pour les interventions futures.

LIBÉRATION 22 FEVRIER 2011 :« Aider le Sahel pour lutter contre le terrorisme »

Article Sahel Février 2011
Dans cette tribune du quotidien Libération Serge Michailof met en garde contre la rapide dégradation sécuritaire au nord du Sahel et rappelle que comme en Afghanistan, une réponse de nature exclusivement militaire est vouée à l’échec. L’effondrement de l’économie rurale fait que les jeunes ne trouvent pas d’autres perspectives que dans les multiples trafics transsahariens, alors que l’érosion de l’autorité des Etats transforme ces régions en zones de non droit. Or une relance des économies rurales est parfaitement possible et l’aide Française devrait donner l’exemple en ce domaine.

THE CHALLENGE OF RECONSTRUCTING ‘FAILED’ STATES : what lessons can be learned from the mistakes made by the international aid community in Afghanistan ?

Texte of the presentation given at the Humanitarian Forum, 1 octobre 2010, Annecy, France

While international aid has significantly increased its support for the reconstruction of fragile
countries and “failed” states emerging from severe crises or civil war, we begin today to realize that the disaster in Afghanistan is largely due to mistakes made by the Western coalition, and in particular, to the disorganization of its development support efforts in this country. In this uncompromising article, Serge Michailof undertakes a systematic analysis of international donors’ mistakes in Afghanistan between 2002 and 2010. His purpose is to draw lessons that can be applied more broadly and thus avoid repeating the same mistakes in other contexts.

After reminding the reader that aid efficiency in countries emerging from a crisis is a source of considerable disappointment, and that not only promises and flashy announcements but considerable financial resources are required to rebuild those countries, Serge Michailof next makes a candid analysis of donors’ poor performance in Afghanistan. He emphasizes the lack of a coherent strategy and clear goals to guide their actions. He stresses the fact that ensuring the safety of the people and providing a local administration is critical in these circumstances, although largely forgotten by donors. Since foreign forces cannot fulfill this need indefinitely, building reliable national security forces is essential. He then describes the consequences of the lack of coordination and strategic management of aid, which results in severe inconsistencies in resource allocation, and proposes a new aid model to address such deficiencies. From the Afghan case analysis, he draws general conclusions regarding the principles governing aid coordination in fragile countries and the inadequacy of the millennium development goals as a conceptual framework in such contexts. He stresses the dire consequences of approaches governed by donors’ short-term concerns, which end up establishing a parallel donor-driven administration that can only weaken State institutions. While State building requires founding modern institutions, this issue is paradoxically, neglected by the international aid community, even though this is feasible in difficult contexts as demonstrated by a number of successful achievements in Afghanistan. He then criticizes the superficial formal type of democracy systematically imposed by the international community in such contexts and stresses the need for grassroots democracy. Drawing from this extremely in-depth analysis, he finally makes a series of general recommendations intended for both official development aid institutions and non-government organizations (NGOs) that are currently facing and will continue to face similar challenges in other areas of the world.

LE DÉFI DE LA RECONSTRUCTION DES ETATS ‘FAILLIS’ : Quelles leçons tirer des erreurs commises en Afghanistan ?

Texte de la présentation faite le 1 er octobre 2010 lors du Forum Humanitaire organisé à Annecy

Alors que l’aide internationale accroît ses appuis à la reconstruction des pays sortant de crises graves ou de guerres civiles, pays fragiles et pays « faillis », on se rend aujourd’hui compte que le désastre en Afghanistan est pour une bonne part lié aux erreurs commises par la coalition occidentale et en particulier à la grave désorganisation de son effort d’aide au développement dans ce pays. Dans cet article sans complaisance, Serge Michailof, ancien directeur à la Banque Mondiale et ancien directeur exécutif chargé des opérations de l’Agence Française de Développement, aujourd’hui consultant international et maître de
conférence à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, procède à une analyse méthodique des erreurs commises par les donateurs internationaux en Afghanistan de 2002 à 2010, pour en tirer des enseignements de portée plus générale et éviter que les mêmes erreurs ne soient répétées dans d’autres contextes.

Après avoir rappelé que les performances de l’aide internationale dans les pays sortant de crise sont globalement décevantes et que pour reconstruire ces pays il faut d’importantes ressources financières et pas seulement des promesses et des effets d’annonce, Serge Michailof procède ensuite à une analyse sévère de l’absence de stratégie cohérente de l’aide internationale en Afghanistan et du flou des objectifs qui ont déterminé son action. Il rappelle qu’assurer la sécurité des personnes et un minimum de justice et d’administration territoriale est dans ces circonstances la tâche la plus urgente, largement oubliée. Or des forces étrangères ne pouvant durablement répondre à ce besoin, la construction d’institutions de sécurité nationales fiables est prioritaire. Il décrit ensuite les conséquences de l’absence de coordination sérieuse et de pilotage stratégique de l’aide, qui conduit à de graves incohérences dans l’allocation des ressources. Il propose, pour pallier ces déficiences, une nouvelle architecture de l’aide pour répondre à ces situations particulières. Il tire ensuite de l’analyse du cas afghan, des conclusions générales sur l’inadaptation des principes qui gouvernent la coordination de l’aide dans les pays fragiles et sur l’inadéquation du cadre conceptuel offert par les objectifs du millénaire dans ce type de contexte. Il met en évidence les conséquences néfastes d’approches dominées par les préoccupations de court terme des donateurs, aboutissant à la mise en place d’une véritable administration parallèle constituée de structures de projets, système qui concourt à l’affaiblissement des institutions étatiques. Il dénonce le manque d’attention porté par les donateurs à la construction d’institutions modernes permettant la mise en place d’un appareil d’Etat efficace, alors qu’il devrait s’agir de l’une des toutes premières priorités de l’aide. Il décrit par la même occasion des exemples ponctuels qui prouvent, même en Afghanistan, la faisabilité de telles approches. Il rappelle les limites des démocraties formelles superficielles systématiquement imposées par la communauté internationale dans ces contextes, et met l’accent sur l’importance de formes de démocratie à la base. Il tire enfin de cette analyse extrêmement documentée un ensemble de recommandations de portée générale destinées aux institutions d’aide et aux organisations de solidarité internationale qui sont et seront confrontées à des défis analogues dans d’autres régions du monde.

Publications 2010

« Notre Maison Brûle au Sud - Que peut faire l’aide au développement ? »

Serge Michailof & Alexis Bonnel

Ouvrage publié le 10 mars

Ce livre a reçu le Prix Jean-Michel Gaillard décerné par l’institut de Recherche International Stratégique (IRIS) 2010.

A une époque où l’on se gausse aisément d’une aide publique au développement que l’on charge de biens des maux, Serge Michailof et Alexis Bonnel procèdent à un bilan de l’aide depuis sa création dans le contexte de la guerre froide et de la décolonisation, et décrivent ses succès mais aussi ses dérives et ses erreurs. Ils mettent en évidence l’intérêt et les limites, de l’approche compassionnelle actuelle qui, via les objectifs du millénaire, tente d’instaurer une sorte de RMI à l’échelle mondiale. Alors que nombre de régions à la dérive sont devenues de dangereux chaudrons où bouillonnent misère et frustrations, ils décrivent les chocs qui, au cours des prochaines décennies, vont frapper tant le Sud que, par ricochet, nos pays riches. Procédant à une analyse impitoyable de l’échec de l’intervention de la communauté internationale en Afghanistan, Serge Michailof propose des approches novatrices pour aider à stabiliser les régions à la dérive. Alors que le prodigieux succès économique des pays émergents nous conduit, Nord et Sud, à une évidente impasse environnementale, Alexis Bonnel offre des pistes de réflexion et d’action pour inventer et diffuser un nouveau modèle de développement. Refusant les illusions de la décroissance, cet ouvrage montre qu’une aide publique au développement repensée est l’un des rares outils disponibles pour amorcer une cogestion avec le Sud de ces biens publics mondiaux menacés que sont la paix et …un climat tempéré.

Critiques du livre « Notre Maison Brûle au Sud »

«Ce livre, je l’attendais depuis longtemps. Qui d’autre que Serge Michailof pouvait nous livrer une telle somme d’analyses mais aussi de propositions ? », Extrait de la Préface Erik Orsenna

« Un ouvrage brillant et complet qui a vocation à devenir une référence. On ne prendra pas en faute la qualité du savoir intellectuel et opérationnel de ses auteurs », Extrait de la post face de Jean Michel Severino

«Un ouvrage essentiel, un livre réaliste et ambitieux. Souhaitons que ce livre ait le succès qu’il mérite. Il en va de l’intérêt bien compris du monde occidental qui ne peut laisser sa maison brûler au Sud » , Pascal Boniface-Institut de Relations Internationales et Stratégiques

« Une somme appuyée sur 40 ans d’expérience » Le Monde

« Une mise en évidence de l’intérêt et des limites de l’approche compassionnelle » Le Point

« Un regard lucide, l’un des plus fins observateurs de l’aide publique au développement » Libération

« Une analyse d’une qualité exceptionnelle » Alternatives Economiques

« Une écriture qui laisse transparaître une colère mal contenue, un bilan accablant de l’aide en Afghanistan » La Tribune

« Un décorticage de ce grand fourre tout qu’est l’aide publique au développement » Le Canard Enchaîné

« Un livre saisissant sur les défis qui attendent les pays du Sud et les errements des politiques d’aide du Nord » L’Intelligent/Jeune Afrique

« Un ensemble très dense et remarquable » Afrique Asie

« Voici enfin le grand livre attendu sur l’aide au développement » Revue Internationale et Stratégique.

« Après avoir refermé cet ouvrage très dense, le lecteur a l’impression d’avoir lu plusieurs livres – sur l’aide au développement, sur les Etats fragiles, sur les relations entre développement et climat – et d’avoir survolé la trame d’un livre qui reste à rédiger sur l’itinéraire de Serge Michailof » Futuribles

« La lecture de certains livres se révèle si stimulante que le lecteur en retire le réconfortant sentiment de mieux saisir qu’auparavant des processus et des enjeux- qui même s’il les connaît et pratique- lui semblaient parfois emprunt d’un certain flou. Ce volume se lit sans aucun effort. L’élégance du style et la passion pour son sujet y sont pour beaucoup. Nous incitons les lecteurs de la revue à le lire de toute urgence » Humanitaire

« Bienvenue à bord du Titanic et de son commandant Laurent Gbagbo »

Le Monde 9 décembre 2010

Depuis plus d’une décennie, la Côte d’Ivoire qui fut pendant vingt ans un modèle de paix sociale et de développement, sombre dans une spirale, qui de la stagnation économique la conduit aujourd’hui au bord de la guerre civile. La comédie qui se joue aujourd’hui entre les deux gouvernements risque de tourner au drame. Elle est l’aboutissement de la combinaison d’un échec des politiques d’ajustement structurelles fondées sur le refus de la dévaluation du franc CFA et la déflation, qui furent mises en œuvre dans ce pays de 1978 à 1994, de la corruption du régime Bédié, et de la prodigieuse croissance démographique qui a vu la population multipliée par 7 depuis l’indépendance. Le maintien au pouvoir du régime Gbagbo dont la piètre gestion a contribué à la stagnation et qui est désormais décrédibilisé par des élections perdues, ne peut qu’accélérer la descente aux enfers d’un pays qui dispose pourtant de tous les atouts pour devenir un dragon africain. Face aux sanctions internationale, le régime en place risque de se « bunkeriser » comme Mugabe au Zimbabwe, et de se lancer dans une périlleuse fuite en avant.

« Révolution verte et équilibres géopolitiques au Sahel »

La revue internationale et Stratégique, no 80, hiver 2010

Les beaux discours sur le développement agricole africain cachent en réalité l’oubli de ce secteur, tant par les responsables politiques locaux que par les agences d’aide. C’est là le produit naturel des rapports de force politiques internes au sein des pays africains où une émeute en ville peut faire chuter un régime alors que nul ne se soucie des paysans perdus au fonds de la brousse. Or le modèle économique de facilité fondé sur le cantonnement d’une population rurale à une agriculture de subsistance misérable et l’alimentation des centres urbains par des importations bon marché a toutes chances de se gripper. La cause la plus probable est l’instabilité croissante attendue des prix alimentaires mondiaux provoquée par la croissance démographique et l’enrichissement des classes moyennes asiatiques. Les responsables africains ne peuvent donc plus faire confiance aux marchés mondiaux pour garantir durablement la sécurité alimentaire du continent. Dans ce contexte, le Sahel est confronté à une double menace, celle d’une prodigieuse explosion démographique au cours des 30 prochaines années, et celle d’une fragilisation de son agriculture par suite du réchauffement climatique. Cette région où la progression de l’insécurité est déjà inquiétante est elle donc condamnée à sombrer dans la misère et les troubles qui y seront associés ?

En réalité le Sahel a un potentiel agricole significatif comme l’a prouvé la remarquable dynamique de développement induite depuis 30 ans par la culture du coton. Mais ce succès est lui aussi gravement menacé. Sur la poursuite des trends actuels, les perspectives sont extrêmement inquiétantes. La poursuite de la marginalisation de populations rurales misérables ne peut que conduire à l’instabilité, au moment où Al Quaida au Maghreb Islamique offre à de jeunes désoeuvrés une idéologie séduisante et un espoir de promotion et d’enrichissement rapide par la Kalachnikov. La dégradation est déjà dramatique dans les régions subsahariennes en passe de devenir des zones de non droit en proie à tous les trafics. La relance du développement agricole est donc un impératif au Sahel, non seulement pour des raisons de sécurité alimentaire, mais aussi de stabilité sociale. Elle est techniquement possible, même dans les zones arides du nord. Mais les obstacles politiques sont considérables, car la reconquête des marchés urbains exigera une protection des agricultures vivrières et une modification de la parité monétaire. Sans une forte prise de consciences des enjeux par les élites locales il faut s’attendre à une paupérisation du monde rural avec le risque d’une « afghanisation ». Cette évolution qui serait dramatique est d’autant plus à craindre si les interventions militaires occidentales contre AQMI se multiplient sans qu’en parallèle soit engagé un ambitieux plan de sauvetage des agricultures locales qui devrait mobiliser en premier lieu l’aide française.

« Tribune publiée dans Le Monde le 13-04-2010 : Face aux dangers géopolitiques et climatiques qui menacent la planète, une nouvelle approche de l’aide au développement est indispensable. Nord et Sud, même combat! »

Article « Le Monde »

Dans cette tribune publiée par le journal Le Monde du 13 avril 2010, Serge Michailof reprend les principaux thèmes qu’il développe avec Alexis Bonnel dans son ouvrage : « Notre Maison Brûle au Sud, Que Peut Faire l’Aide au Développement ? ». Il insiste en particulier sur le double défi qui remet radicalement en question le « benign neglect » caractérisant l’attitude des pays de l’OCDE vis-à-vis du Sud:

Tout d’abord le défi environnemental posé par l’exceptionnelle croissance des pays émergents qui implique que l’on généralise au plus vite un nouveau modèle de développement plus respectueux des équilibres environnementaux mondiaux.

Mais aussi le défi posé par le non développement des Etats dits fragiles dans des contextes de forte démographie et les risques d’implosion de certains de ces Etats conduisant directement à des situations de types Afghanistan ou Somalie.

Face à ces deux défis de caractère mondial qui menacent autant le Sud que le Nord, l’aide internationale tant décriée, sans être bien sur une panacée, si elle est bien conçue et correctement gérée, constitue l’un des rares instruments à la disposition des pays riches pour tenter de prévenir ou minimiser les drames qui se préparent au Sud.

Publications 2009

« Sortir du Piège Afghan » Commentaire No 126 été 2009.

Sortir du piège Afghan – Commentaires 2009

Sur le site commentaire.fr

La coalition occidentale semble bien piégée en Afghanistan dans un contexte où une victoire militaire est impossible tant que les Talibans bénéficient de sanctuaires au Pakistan et des abondants financements issus de l’économie de la drogue. Le centre de gravité du conflit se situe en fait au Pakistan et l’élément déterminant sera in fine le comportement d’une armée pakistanaise profondément islamisée qui joue un double jeu depuis 2001, en acceptant l’aide américaine tout en soutenant les extrémistes islamistes pour ses propres objectifs politiques au Cachemire et en Afghanistan. Sortir de ce piège implique de soutenir une démocratie chancelante au Pakistan pour lui permettre de reprendre le contrôle d’une armée qui est un Etat dans l’Etat, de revoir les priorités stratégiques et les modes de gestion de l’aide internationale en Afghanistan pour aider à la mise en place d’un véritable Etat en Afghanistan, et de revoir aussi pour cela les alliances politiques de compromis avec les chefs de guerre et barons de la drogue du régime Karzai qui sont incompatibles avec cet objectif. L’approche devra combiner de très fortes pressions des EU, de la Chine et de l’Arabie Saoudite sur l’armée pakistanaise, la construction d’une armée afghane au moins 3 fois plus important qu’aujourd’hui et un profond assainissement d’une police qui qui est aujourd’hui le premier racketteur du pays. Compte tenu des contraintes politiques internes tant au Pakistan qu’en Afghanistan et des délais très brefs (3 ans) avant les prochaines échéances électorales aux EU, les chances de succès sont bien incertaines.

« La guerre en Afghanistan est-elle perdue? » Le Monde 29 juin 2009.

Sur le site Saudiwave

Nous savons depuis le Vietnam qu’une grande puissance peut gagner toutes les batailles et néanmoins perdre une guerre. Faute d’avoir pris au sérieux la reconstruction de l’Afghanistan en 2002, les Etats Unis et leurs alliés sont maintenant piégés comme le fut l’ours russe pendant les années 80. Pour pacifier et reconstruire l’ Afghanistan il n’y avait pas autre d’alternative que de construire un Etat moderne avec des institutions efficaces. C’était parfaitement possible comme le démontrent quelques ilots de succès dans un océan de désastres. Après 8 ans de dérive, la nouvelle administration US a enfin posé un diagnostic correct. Mais est il encore possible de rattrapper le temps perdu ?

Publications 2008

« The Seven Capital Sins of the Donor Community in Afghanistan », « What went wrong in the security development nexus and what should be the lessons for US foreign assistance » , Policy Brief, German Marshall Fund of the United States Dec 2008.

GMU Afghanistan brief final

An extremely documented analysis of the seven major mistakes made by the international donor community in Afghanistan: security issues have not been properly addressed early on, as security deteriorated the international community has focused on a military response and provided insufficient attention and resources to development work and particularly to institutional development, there is no pilot to strategically manage foreign aid, donors focus on getting quick but unsustainable results and have not focused on the critical task of rebuilding the state apparatus, they have also forgotten the best practices learned in the 80 s and 90s in Africa to manage technical assistance and have made an exceptionnally poor use of it, finally donors are not mobilizing their best teams on Afghanistan and conduct their activities there very much along a business as usual mode. This exceptionally tough analysis has been publicly debated in two high levels forums organized by the GMFUS in Washington and Paris in early 2009 and provides the main guidelines to reorganise the management of international foreign aid in Afghanistan.

« Le Développement, mythes et réalités », conférence prononcée au CNAM le 14 octobre 2008 dans le cadre de la chaire Santé Publique et Développement.

Conférence CNAM 2008 – le développement, mythes et réalités

Cette conférence passe en revue les profonds changements intervenus depuis 20 ans dans le monde en développement, présente un panorama des grands mouvements de balancier qui ont affecté les paradigmes du développement, propose une typologie originale en six catégories des pays du Sud et met en évidence un angoissant paradoxe pour les prochaines décennies. En effet si le non développement de certains pays est porteur comme nous le voyons en Afghanistan et en Somalie de risques majeurs au plan régional et mondial, le développement extrèmement rapide des pays émergents contribue à accroitre l’empreinte écologique de l’homme sur notre planête. Face à la soif irrépressible de développement des pays émergents, la généralisation du modèle américain n’est à l’évidence pas soutenable. Nous sommes donc confrontés à un double problème: inventer un nouveau modèle de développement, mais aussi ne pas abandonner les oubliés du développement. Dans un monde qui devient plus instable où un scénario perdant perdant est très possible, aurons nous le temps et la volonté de mettre en oeuvre un scénario gagnant ?

« L’échec de l’aide internationale en Afghanistan » Commentaire n°122 été 2008:

Article Afghanistan, commentaires 2008

Une analyse détaillée des causes de la désastreuse performance de l’aide internationale en Afghanistan et des gaspillages associés. Cet examen met en évidence l’erreur majeure qu’a constitué la non restauration de la sécurité en 2002 dans le contexte du retrait des forces armées US et du vide sécuritaire qui en a résulté, l’absence totale de pilotage stratégique de l’aide laissée au bon vouloir des donateurs, conduisant à une désastreuse répartition des ressources caractérisée par l’oubli du monde rural en dehors des zones de combat précisément là où l’aide aurait été la plus efficace, l’oubli des principales infrastructures économiques ( il n’y a même pas encore d’électricité à Kabul plus de quelques heures par jour) , au court circuitage systématique des autorités locales au profit d’interventions directes des donateurs, à la non prise en compte comme priorité stratégique la reconstruction de l’appareil d’Etat en particulier l’appareil régalien, et enfin au non soutien des tentatives de réforme de l’administration publique . La description de la réforme réussie du ministère du développement rural et de la reconstruction et des résultats remarquables obtenus par cette institution sur le terrain montre qu’une approche précisément fondée sur la mise en place d’institutions afghanes modernes était parfaitement possible.

« La Pétaudière de l’Aide à Kaboul » « Il est urgent de mieux répartir et de coordonner de manière efficace l’aide à la reconstruction afghane » Le Monde 29 mai 2008.

La pétaudière de l’aide à Kaboul 2008

Une réflexion sur la difficulté de coordonner des donateurs qui se comportent sur le terrain avec la discipline qui, selon l’expression d’un ambassadeur occidental à Kaboul, serait celle d’un troupeau de chats……

Publications 2007

« Le défi de la reconstruction de l’administration en Afghanistan », Publié dans l’ouvrage collectif « Etats et Sociétés Fragiles » sous la direction de Jean Marc Chataigner et Hervé Magro, Karthala, 2007.

Article Afghanistan etats fragiles

Une présentation détaillée du défi que représentait la construction d’une administration publique dans un pays en conflit tel que l’Afghanistan et des erreurs involontaires mais très graves commises tant par les responsables Afghans que par la communauté internationale pour ce faire. Les structures de projet mises en place par les donateurs ont en particulier contribué à affaiblir les institutions nationales afghanes en cours de constitution et le niveau anormalement élevé des salaires payés aux cadres afghans par l’aide internationale a structurellement déséquilibré le marché du travail et contribué à un préocuppant phénomène de syndrôme hollandais. Le programme de réforme de l’administration publique s’est dans ce contexte complètement enlisé dès 2006.

« Review of Technical assistance and capacity Building in Afghanistan » Discussion paper presented at the 2007 Afghanistan Development Forum

A detailed analysis of the failure of the huge expenditures in technical assistance in Afghanistan at significantly improving capacity in public institutions and proposals to remedy this highly damaging situation.

« Israël-Palestine, l’Ultime tentative » « La Paix passe par la construction d’un Etat palestinien économiquement viable, politiquement pacifié et ouvert. Publié dans « Le Monde »21 décembre 2007.

Article Palestine 2008

Cette analyse rappelle que pour sortir de conflit il faut toujours trois piliers: un accord politique équilibré, une restauration de la sécurité et une relance de l’économie. L’article met en évidence la contradiction majeure entre le souci sécuritaire à court terme des autorités israeliennes qui les conduit à boucler les territoires palestiniens et ce faisant à étouffer l’économie et les impératifs de sécurité à long terme qui exigeraient au contraire une relance de l’économie et un desserrement de l’étau sécuritaire. Les tendances actuelles conduisent à une « bantoustanisation » des territoires palestiniens débouchant sur une non viabilité structurelle de l’économie rendant ainsi la paix impossible.

« La France paierait très cher la poursuite de la stagation économique en Afrique » Marchés Tropicaux, 20 avril 2007.

Marchés Tropicaux 2007

La croissance qui est de retour en Afrique est une bonne nouvelle, mais les succès pétroliers et miniers masquent une insuffisante diversification des économies et une stagnation des niveaux de vie du plus grand nombre. Or dans notre village global mondialisé les problèmes de l’Afrique deviennent nos problèmes. Sans un assainissement de l’environnement des affaires et une meilleure gestion des rentes l’économie africaine restera « plombée ». Il est dans ce contexte grand temps de remettre à plat les vieux mécanismes de la Françafrique et de réexaminer l’ensemble des dossiers sensibles de la relation franco africaine, du problème du Franc CFA aux bases militaires et de recentrer notre politique africaine sur une saine appréciation de nos intérêts réciproques.

« L’Afrique Francophone étranglée par la parité fixe euro – CFA » « Un défi au bon sens: La parité du CFA est définie par le seul objectif de la BCE de la lutte contre l’inflation dans la zone euro » . Les Echos, 5 mars 2007.

Article CFA

Un rappel de l’importance d’une gestion intelligente du taux de change dans le cadre d’une politique de développement rapide et une description de la catastrophe que constitue la destruction progressive des filières coton dans l’Afrique sahélienne francophone, essentiellement par suite de la combinaison d’un taux de change du Franc CFA inadapté et des subventions européennes et nord américaines octroyées à une poignée de leurs producteurs peu performants. Cet article a déclanché une vive controverse qui n’est pas éteinte. Les autorités monétaires françaises ont fini par s’en prendre à « une poignée de pseudo économistes » oubliant au passage le fait que les intérêts de pays pétroliers comme le Gabon où l’agriculture a pratiquement disparu, ceux de pays essentiellement agricoles comme le Mali et le Burkina, enfin ceux qui disposent de plateformes portuaires à potentialité industrielle comme la Cote d’Ivoire et le Sénégal, ne peuvent pas être identiques. Les pays pétroliers ont le souci compréhensible de réduire au minimum les prix des produit alimentaires importés pour nourrir des populations essentiellement urbaines, les pays sahéliens doivent chercher à « reconnecter » leurs centres urbains aux zones rurales pour dynamiser leurs agricultures, les pays disposant de potentialité industrielle doivent chercher à réduire leurs coûts des facteurs. Le maintien d’un taux de change surévalué condamne les agricultures des pays saheliens à végéter et casse leur potentiel de croissance, il ne permet pas aux industries des grandes plateformes portuaires de s’insérer dans les chaines de valeur internationales. L’accrochage à une monnaie unique de pays dont les économies, à la différence des économies de la Zone euro, ne sont pas destinées à converger, est une erreur grave. Les autorité monétaires qui ne regardent que la situation globale des comptes d’opération qui ne peut être que très favorable au vu des prix du pétrole oublient les problèmes de compétitivité économique qui sont au coeur des processus de développement. Ils oublient aussi les engagements qui avaient été pris avec les institutions de Bretton Woods en 1994 lors de la dévaluation du FCFA, de conduire à l’avenir une politique de taux de change permettant de sauvegarder en permanence la compétitivité des économies des divers pays de la Zone Franc.

« La France est Pingre » « Environ la moitié de l’aide publique au développement affichee par Paris est factice ou fictive », Le Monde, 14 février 2007

Article Le Monde La France est pingre

Un pamphlet acide (qui n’a fait l’objet d’aucun démenti) dénonçant le caractère largement fictif des chiffres de l’aide bilatérale française qui est aujourd’hui incapable de contribuer significativement comme les autres pays de l’OCDE, à la reconstruction et au développement des pays en crise, tels que la République Démocratique du Congo et l’Afghanistan, alors qu’elle y envoie ses militaires y payer le prix du sang.

Publications 2006

A Quoi Sert d’Aider le Sud ? Economica/ AFD, Nov 2006.

Sous la direction de Serge Michailof
Préface de Jean Michel Sévérino

« À quoi sert d’aider le Sud ? » se demandent les contribuables des pays riches qui s’interrogent sur l’intérêt d’une aide publique au développement qui a souvent mauvaise presse. Cet ouvrage répond à cette question en décrivant un large éventail d’expériences de développement conduites au cours des dernières décennies dans de nombreux pays du Sud. Ce livre sans complaisance, rédigé avec la participation d’une quarantaine de professionnels pour la plupart collaborateurs de l’Agence Française de Développement, nous montre que cette aide si fréquemment décriée permet de s’attaquer efficacement à un ensemble de grands défis auxquels sont confrontés les pays pauvres. Il nous montre aussi que, dans le village global mondial qu’est devenue notre planète, les problèmes du Sud sont désormais nos problèmes.

Ces histoires de développement sont un message d’espoir. A travers succès et échecs, elles nous font découvrir la face cachée d’une aide qui s’inscrit dans une perspective de long terme. Visant à une progressive construction de savoir-faire, d’institutions et de politiques, cette aide se situe aux antipodes du spectaculaire. Ce livre décrit par conséquent des processus de transformation sociale, l’élaboration de consensus préparant des réformes, de difficiles contournements d’obstacles techniques et politiques, tout phénomène relevant habituellement de l’invisible.

Pas de débarquement en fanfare dans cet ouvrage, pour décharger des sacs de riz ou distribuer des médicaments sous les feux des projecteurs, mais des actions tenaces qui visent à labourer en profondeur un terreau social complexe pour, à la fois, améliorer le sort des plus déshérités et aider à catalyser ce mystérieux processus qu’est le développement.

Publications 2005

“Réformer la Formule: Une modeste vue des tranchées” , Revue d’économie du Développement septembre 2005.

Serge Michailof – réformer la formule – revue d’économie du développement

Cet article reprend les commentaires faits à l’occasion de la conférence EUDN de novembre 2004 sur l’exposé du Professeur Ravi Kanbur proposant de réformer le mode de détermination de l’allocation de l’aide de l’IDA (le volet concessionnel de la Banque Mondiale). L’objectif est de répartir entre les pays bénéficiaires les importantes ressources de l’IDA selon des critères transparents, à partir d’une formule nommée le CPIA ( Country Policy and Institutional Assessment) qui tente d’apprécier la performance économique et institutionnelle de ces pays. Ravi Kambur ayant proposé de procéder à une révision de cette formule et des modalités de répartition de l’aide, cet article met en évidence certes la nécessité d’une méthode objective pour répartir les ressources de l’ IDA, mais insiste sur l’ampleur des éléments subjectifs dans la méthodologie actuelle, éléments qui ne seront pas corrigés si l’on limite la réforme aux propositions du professeur Kambur. Au delà du scepticisme exprimé à l’égard du CPIA et de la méthodologie qui l’accompagne cet article explicite les critères et les modalités de répartition des ressources du bailleur bilatéral qu’est l’Agence Française de développement.

“Côte d’Ivoire 2005: Bienvenue sur le Titanic” Commentaires n°110 été 2005:

Serge Michailof – Article rci 2005

Cet article procède à une analyse extrèmement détaillée des raisons structurelles du désastre ivoirien. Il met en particulier en évidence l’impact du choc démographique qui a conduit à un quintuplement de la population en 40 ans, l’échec de la diversification de l’économie, l’échec de l’ajustement structurel au cours des années 80 largement par suite d’un refus obstiné de procéder à une dévaluation du Franc CFA qui était nécessaire dès 1978, l’ampleur de la crise sociale et de la paupérisation qui a résulté de cette crise d’une durée exceptionnelle (1977- 1994), les graves dérapages dans la gouvernance du pays au cours des années 90, les difficultés de fonctionnement d’une démocratie dans un contexte pluri-ethnique, et enfin depuis le début du XXI ème siècle la course effrénée pour le contrôle des rentes entre les diverses factions politiques.

Publications antérieures à 2005

« La France et l’Afrique: Vade-mecum pour un nouveau voyage »

Dirigé par Serge Michailof

Karthala, 1993

Cette réflexion initialement conduite par un groupe de travail constitué en 1992 à la demande de Madame Avice, alors Ministre de la Coopération et ensuite tranformée en un ouvrage pour le grand public identifie les raisons profondes de la crise en Afrique et de l’incapacité de la coopération française à y répondre. Elle plaide pour une réforme en profondeur de la coopération française et annonce implicitement l’absolue nécessité de dévaluer le Franc CFA, mesure qui sera mise en œuvre en janvier 1994.

« Les Apprentis Sorciers du Développement : Mythes Technocratiques Face à la Pauvreté Rurale »

Economica, 2ème édition 1987.

Commentaires à propos de la première édition :

« Rédigé dans un language clair excluant tout jargon, ce livre devrait intéresser tous ceux qui tant en Afrique, qu’à l’extérieur de ce continent, cherchent encore les moyens d’améliorer leur avenir »

Finances et Developpement

« On aimerait croire et on souhaite que ce livre courageux contribue à faire que naisse une nouvelle approche des problèmes de développement »

Actuel Developpement

« Il serait important de lire et de relire l’ouvrage de Serge Michailof qui a l’immense intérêt d’être celui d’un homme de terrain, d’un praticien rompu à la dialectique entre la théorie et les faits »

Géopolitique Africaine

« Les tiers mondistes les plus convaincus sont aujourd’hui très ébranlés. La lecture de l’excellent livre de Serge Michailof aide à mieux le comprendre. De l’échec des grandes théories et des pratiques qu’elles ont inspiré, Serge Michailof tire des propositions apparemment modestes mais de grande portée »

Revue Banque

« C’est un livre important, très pédagogique aussi, nourri d’anayses sobres mais précises. »

Revue d’Économie Rurale

« Un ouvrage qui met le doigt sur quelques uns des freins les plus graves à un vrai décollage économique des pays du tiers monde »

Jeune Afrique Economie

« Une pensée dense, des exemples fort bien choisis »

Revue de la Défense Nationale.

« Guide Pratique d’analyse de projet : Evaluation et Choix des Projets d’Investissement », écrit en collaboration avec Manuel Bridier,

Economica, 5 ème édition : 1995

Ni somme théorique, ni simple manuel d’instruction, cet ouvrage se veut un « pont » entre diverses approches, un guide pratique pour faciliter l’application des diverses méthodes utilisées en matière d’évaluation de projets, ceci tant dans les pays en développement que dans les institutions internationales. Ses éditions successives depuis 1980 témoignent de l’intérêt que lui ont porté et que lui portent encore de nombreux étudiants et professionnels du monde francophone.

« Post conflict recovery in Africa » 2002

Post conflict recovery in africa 2002

This World Bank discussion paper led by Serge Michailof and co authored by Xavier de Victor and Markus Kostner has been prepared thanks to extensive internal consultation within the Bank and with the IMF as well as with a broad range of bilateral and multi-lateral donors. Preliminary versions were discussed with a group of donors and African leaders in March 2001 and during a technical briefing with the Board of Directors. It provides an historical perspective on the causes of conflicts in Africa, analyses past Bank responses, develops a framework for economic intervention in Post Conflict situations, develops an operational framework for the Bank in such contexts and recommends the establishment of new financial instruments and new financial approaches in Post Conflict environments. This paper has remained a basic document for all professionals involved in development work in post conflict situations.